‹ Théâtre completChapitre 541 sur 1720 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ELECTRE

Et c'est manière! 0 ciel! fut-il jamais pour moi, Depuis la mort d'un père, un jour plus plein d'effroi? Hélas! j'en ai trop dit : ce cœur, plein d'amertume, Répandait, malgré lui, le fiel qui le consume. Je m'emporte, il est vrai; mais ne m'a-t-elle pas D'Oreste, en ses discours, annoncé le trépas? On offre sa dépouille à sa sœur désolée ! De ces lieux tout sanglants la nature exilée, Et qui ne laisse ici qu'un nom qui fait horreur, Se renfermait pour lui tout entière en mon cœur. S'il n'est plus, si ma mère à ce point m'a trahie, A quoi bon ménager ma plus grande ennemie ! Pourquoi? pour obtenir, de ses tristes faveurs, De ramper dans la cour de mes persécuteurs? [sent, Pour lever, en tremblant, aux dieux qui me trahis- Ces languissantes mains que mes chaînes flétrissent? Pour voir avec des yeux de larmes obscurcis, Dans le lit de mon père et sur son trône assis, Ce monstre, ce tyran, ce ravisseur funeste, Qui m ote encor ma mère et me prive d'Oreste?

ORESïE, ACTE II, SCENE VIT.

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