ORESTE, ACTE III, SCENE VI
Mon père aux champs troyens a signalé son bras, Aux yeux de tous ces rois vengeurs de Ménélas. Il périt dans ces temps de malheurs et de gloire Qui des Grecs triomphants ont suivi la victoire. Ma mère m'abandonne et je suis sans secours ; Des ennemis cruels ont poursuivi mes jours. Cet ami me tient lieu de fortune et de père. J'ai recherché l'honneur et bravé la misère. Seigneur, tel est mon sort.
ÉGISTHE
Dites-moi dans quels lieux Votre bras m'a vengé de ce prince odieux.
oreste. [more,
Dans les champs d'Hermione, au tombeau d'Aché- Dans un bois qui conduit au temple d'Épidaure.
ÉGISTHE
Mais le roi d'Épidaure avait proscrit ses jours ; D'où vient qu'à ses bienfaits vous n'avez point oreste. [recours ?
Je chéris la vengeance et je hais l'infamie. Ma main d'un ennemi n'a point vendu la vie. Des intérêts secrets, seigneur, m'avaient conduit : Cet ami les connut : il en fut seul instruit. Sans implorer des rois, je venge ma querelle. Je suis loin de vanter ma victoire et mon zèle; Pardonnez. Je frissonne à tout ce que je voi; Seigneur.... d'Agamemnon la veuve est devant Peut-être je la sers, peut-être je l'offense : [moi... Il ne m'appartient pas de braver sa présence. Je sors....
ÉGISTHE
Non, demeurez.
CLYTEMNESTRE
Qu'il s'écarte, seigneur, Son aspect me remplit d'épouvante et d'horreur. C'est lui que j'ai trouvé dans la demeure sombre Où d'un roi malheureux repose la grande ombre. Les déités du Styx marchaient à ses côtés.
ÉGISTHE
Qui ! vous?;., qu'osiez-vous faire en ces lieux écartés?
ORESTE
J'allais, comme la reine, implorer la clémence De ces mânes sanglants qui demandent vengeance. Le sang qu'on a versé doit s'expier, seigneur.
CLYTEMNESTRE
Chaque mot est un trait enfoncé dans mon cœur. Eloignez de mes yeux cet assassin d'Oreste.
ORESTE
Cet Oreste, dit-on, dut vous être funeste : On disait que proscrit, errant et malheureux, De haïr une mère il eut le droit affreux.
CLYTEMNESTRE
Il naquit pour verser le sang qui le fit naître. Tel fut le sort d'Oreste et son dessein peut-être. De sa mort cependant mes sens sont pénétrés. Vous me faites frémir, vous qui m'en délivrez.
ORESTE
Qui ? lui, madame? un fils armé contre sa mère ! Ah! qui peut effacer ce sacré caractère?
; Il respectait son sang... peut-être il eût voulu..,
CLYTEMXESTRlil.
Ah ciel!
ÉGISTHE
Que dites-vous? où l'aviez-vous connu?
PÏLADE.
Il se perd... Aisément les malheureux s'unissent; Trop promptement liés, promptement ils s'aigris- Nous le vîmes dans Delphe. [sent.
ORESTE
Oui... j'y sus son dessein.
Eh bien! quel était-il?
ORESTE
De vous percer le sein.
ÉGISTHE
Je connaissais sa rage et je l'ai méprisée : Mais de ce nom d'Oreste Electre autorisée Semblait tenir encor tout l'État partagé; C'est d'Electre surtout que vous m'avez vengé. Elle a mis aujourd'hui lé comble à ses offenses : Comptez-la désormais parmi vos récompenses. Oui, ce superbe objet contre moi conjuré, Ce cœur enflé d'orgueil et de haine enivré, Qui même de mon fils dédaigna l'alliance, Digne sœur d'un barbare avide de vengeance, Je la mets dans vos fers; elle va vous servir: C'est m'acquitter vers vous bien moins que la punir. Si de Priam jadis la race malheureuse Traîna chez ses vainqueurs une chaîne honteuse, Le sang d'Agamemnon peut servir à son tour,
CLYTEMXESTRE.
Qui? moi, je souffrirais....
ÉGISTHE
Eh! madame, en ce jour, Défendez-vous encor ce sang qui vous déteste? N'épargnez point Electre, ayant proscrit Oreste.
(A Oreste.) Vous... laissez cette cendre à mon juste courroux,
ORESTE
J'accepte vos présents; cette cendre est à vous,
CLYTEMXESTRE.
Non, c'est pousser trop loin la haine et la vengeance. Qu'il parte, qu'il emporte une autre récompense. Vous-même, croyez-moi, quittons ces tristes bords, Qui n'offrent à mes yeux que les cendres des morts. Osons-nous préparer ce festin sanguinaire Entre l'urne du fils et la tombe du père? Osons-nous appeler à nos solennités Les dieux de ma famille à qui vous insultez, Et livrer, dans les jeux d'une pompe funeste, Le sang de Clytemnestre au meurtrier d'Oreste? Non : trop d'horreur ici s'obstine à me troubler. Quand je connais lacrainte,Égi>the peut trembler. Ce meurtrier m'accable, et je sens que sa vue A porté dans mon cœur un poison qui me tue. Je cède, et je voudrais, dans ce mortel effroi, Me cacher à la terre et, s'il se peut, à moi.
(Elle sort.)