‹ Théâtre completChapitre 566 sur 1720 · ORESTE, ACTE Y, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ORESTE, ACTE Y, SCÈNE IL

ELECTRE

Vous voyez que les dieux ont respecté leur vie ; Ils les ont arrachés à la mer en furie: Le ciel vous les confie et vous répondez d'eux. L'un d'eux... si vous saviez... tous deux sont malheureux.

Sommes-nous dans Argos ou bien dans la Tauride, Où, de meurtres sacrés une prêtresse avide, Du sang des étrangers fait fumer son autel ? Eh bien ! pour les ravir tous deux au coup mortel, Que faut-il ? Ordonnez, j'épouserai Plistène ; Parlez, j'embrasserai cette effroyable chaîne : Ma mort suivra l'hymen; mais je veux l'achever. J'obéis, j'y consens.

CLYTEMNESTRE

Voulez-vous me braver ?

Ou bien ignorez-vous qu'une main ennemie Du malheureux Plistène a terminé la vie?

ELECTRE

Quoi donc ! le ciel est juste ! Égisthe perd un fils?

CLYTEMNESTRE

De joie à ce discours je vois vos sens saisi- !

Ah ! dans le désespoir où mon àme se noie, Mon cœur ne peut goûter une funeste joie; Non, je n'insulte point au sort d'un malheureux, Et le sang innocent n'est pas ce que je veux. Sauvez ces étrangers; mon àme intimidée Ne voit point d'autre objet et n'a point d'autre idée.

CLYTEMNESTRE

Va, je t'entends trop bien; tu m'as trop confirmé Les soupçons dont Égisthe était tant alarmé. Ta bouche est de mon sort l'interprète funeste; Tu n'en as que trop dit, l'un des deux est Orestc.

ELECTRE

Eh bien ! s'il était vrai, si le ciel l'eût permis... Si dans vos mains, madame, il mettait votre fil-...

CLYTEMNESTRE

0 moment redouté ! que faut-il que je fasse ?

ELECTRE

Quoi! vous hésiteriez à demander sa grâce ! Lui! votre fils ! ô ciel !... quoi ! ses périls passés... Il est mort; c'en est fait, puisque vous balancez.

CLYTEMNESTRE

Je ne balance point : va, ta fureur nouvelle Ne peut même affaiblir ma bonté maternelle; Je le prends sous ma garde : il pourra m'en punir.... Son nom seul me prépare un cruel avenir.... N'importe.... Je suis mère, il suffit; inhumaine, J'aime encormesenfants....tupeuxgardertahaine.

ELECTRE

Non, madame, à jamais je suis à vos genoux. Ciel, enfin tes faveurs égalent ton courroux : Tu veux changer ies cœurs, tu veux sauver mon frère, EL pour comble de biens, tu m'as rendu ma mère.

Page 1