‹ Théâtre completChapitre 569 sur 1720 · ÉGISTHE, CLYTEMNESTRE, ELECTRE, IPHISE · texte numérisé non relu

ÉGISTHE, CLYTEMNESTRE, ELECTRE, IPHISE

GARDES

ÉGISTHE

Qu'on saisisse Pammène et qu'il soit confronté Avec ces étrangers destinés au supplice: Il est leur confident, leur ami, leur complice. Dans quel piège effroyable ils allaient me jeter! L'un des deux est Oreste, en pouvez-vous douter ?

(A Chjtemnestre.) Cessez de vous tromper, cessez de le défendre. Je vois tout et trop bien. Cette urne, cette cendre, C'est celle de mon fils; un père gémissant Tient de son assassin cet horrible présent.

CLYTEMNESTRE

Croyez-vous?...

ÉGISTHE

Oui, j'en crois cette haine jurée Entre tous les enfants de Thyeste et d'Atrée ; J'en crois le temps, les lieux marqués par cette mort, Et ma soif de venger son déplorable sort, Et les fureurs d'Electre et les larmes d'Iphise, Et l'indigne pitié dont votre âme est surprise. Oreste vit encore et j'ai perdu mon fils ! Le détestable Oreste en mes mains est remis; Et, quel qu'il soit des deux, juste dans ma colère, Je l'immole à mon fils, je l'immole à sa mère.

CLYTEMNESTRE

Eh bien! ce sacrifice est horrible à mes yeux.

A vous?

CLYTEMNESTRE

Assez de sang a coulé dans ces lieux.

Je prétends mettre un terme au cours des homicides, A la fatalité du sang des Pélopides.

Si mon fils, après tout, n'est pas entre vos mains, Pourquoi verser du sang sur des bruits incertains? Pourquoi vouloir sans fruit la mort de l'innocence ? Seigneur, si c'est mon fils, j'embrasse sa défense. Oui, j'obtiendrai sa grâce, en dussé-je périr.

ÉGISTHE

Je dois la refuser afin de vous servir.

Redoutez la pitié qu'en votre âme on excite. Tout ce qui vous fléchit me révolte et m'irrite. L'un des deux est Oreste et tous deux vont périr. Je ne puis balancer, je n'ai point à choisir, A moi, soldats.

IPHISE.

Seigneur, quoi! sa famille entière Perdra-t-elle à vos pieds ses cris et sa prière?

( Elle se jette à ses pieds. ) Avec moi, chère Electre, embrassez ses genoux. Votre audace vous perd.

ELECTRE

Où me réduisez-vous?

Quel affront pour Oreste, et quel excès de honte ! Elle me fait horreur.... Eh bien! je la surmonte. Eh bien ! j'ai donc connu la bassesse et l'effroi : Je fais ce que jamais je n'aurais fait pour moi.

(Sans se mettre à genoux.) Cruel! si ton courroux peut épargner mon frère, (Je ne puis oublier le meurtre de mon père, Mais je pourrais du moins, muette à ton aspect, Me forcer au silence et peut-être au respect), Que je demeure esclave et que mon frère vive.

ÉGISTHE

Je vais frapper ton frère et tu vivras captive: Ma vengeance est entière ; au bord de son cercueil, Je te vois, sans effet, abaisser ton orgueil.

CLYTEMNESTRE

Égisthe, c'en est trop; c'est trop braver peut-être Et la veuve et le sang du roi qui fut ton maître. Je défendrai mon fils; et, malgré tes fureurs, Tu trouveras sa mère encor plus que ses sœurs. Que veux-tu? ta grandeur, que rien ne peut détruire, Oreste en ta puissance, et qui ne peut te nuire, Electre enfin soumise et prête à te servir, Iphise à tes genoux, rien ne peut te fléchir ! Va, de tes cruautés je fus assez complice; Je t'ai fait en ces lieux un trop grand sacrifice. Faut-il, pour t'affermir dans ce funeste rang, T'abandonner encor le plus pur de mon sang? JN'aurai-je donc jamais qu'un époux parricide? L'un massacre ma fille aux campagnes d'Aulide; L'autre m'arrache un fils et l'égorgé à mes yeux, Sur la cendre du père, à l'aspect de ses dieux. Tombe avec moi plutôt ce fatal diadème, Odieux à la Grèce et pesant à moi-même! Je t'aimai, tu le sais, c'est un de mes forfaits ; Et le crime subsiste ainsi que mes bienfaits; Mais enfin de mon sang mes mains seront avares. Je l'ai trop prodigué pour des époux barbares; J'arrêterai ton bras levé pour le verser. Tremble ! tu me connais.... tremble de m'offenser. Nos nœuds me sont sacrés et ta grandeur m'est chère: Mais Oreste est mon fils ; arrête, et crains sa mère.

ELECTRE

Vous passez mon espoir. Non, madame, jamais Le fond de votre cœur n'a conçu les forfaits. Continuez, vengez vos enfants et mon père.

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