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HOME SAUVEE, ACTE II, SCENE I

CICÉROX.

L» s regards de Caton seront ma récompense.

Au torrent de mon siècle, à son iniquité,

J'oppose ton suffrage et la postérité.

Faisons notre devoir : les dieux feront le reste.

CATON

Eh ! comment résister à ce torrent funeste, Quand je vois dans ce temple, aux vertus élevé, L'infâme trahison marcher le front levé? Croit-on que Mallius, cet indigne rebelle, Ce tribun des soldats, subalterne infidèle, De la guerre civile arborât l'étendard, Qu'il osât s'avancer vers ce sacré rempart, Qu'il eût pu fomenter ces ligues menaçantes, S'il n'était soutenu par des mains plus puissantes. Si quelque rejeton de nos derniers tyrans N'allumait en secret des feux plus dévorants? Les premiers du sénat nous trahissent peut-être, Des cendres de Sylla les tyrans vont renaître. César fut le premier que mon cœur soupçonna. Oui, j'accuse César.

CICÉROX.

Et moi, Catilina.

De brigues, de complots, de nouveautés avide, Vaste dans ses projets, impétueux, perfide, Plus que César encor je le crois dangereux, Beaucoup plus téméraire et bien moins généreux. Je viens de lui parler; j'ai vu sur son visage, J'ai vu dans ses discours son audace et sa rage, Et la sombre hauteur d'un esprit affermi, Qui se lasse de feindre et parle en ennemi. De ses obscurs complots je cherche les complices; Tous ses crimes passés sont mes premiers indi- J'en préviendrai la suite. [ces.

CATON

Il a beaucoup d'amis ; Je crains pour les Romains des tyrans réunis. L'armée est en Asie et le crime est dans Rome; Mais pour sauver l'État il suffit d'un grand homme.

CICÉROX.

Si nous sommes unis, il suffit de nous deux. La discorde est bientôt parmi les factieux. César peut conjurer, mais je connais son âme; Je sais quel noble orgueil le domine et l'enflamme. Son cœur ambitieux ne peut être abattu Jusqu'à servir en lâche un tyran sans vertu. Il aime Rome encore et ne veut point de maître; Mais je prévois trop bien qu'un jour il voudra l'être. Tous deux jaloux de plaire et plus de commander. Ils sont montés trop haut pour jamais s'accorder. Par leur désunion Rome sera sauvée.

Allons, n'attendons pas que, de sang abreuvée, Elle tende vers nous ses languissantes mains, Kl qu'on donne des fers aux maîtres des humains.

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