HOME SAUVÉE, ACTE III, SCÈNE IL
MARTIAN
Oui, seigneur; Mallius, à ses serments fidèle, Vient entourer ces murs aux flammes destinés. Au dehors, au dedans, les ordres sont donnés. Les conjurés en foule au carnage s'excitent, Et des moindres délais leurs courages s'irritent. Prescrivez le moment où Rome doit périr.
CATILTNA.
Sitôt que du sénat vous me verrez sortir. Commencez à l'instant nos sanglants sacrifices; Que du sang des proscrits les fatales prémices Consacrent sous vos mains ce redoutable jour. Observez, Martian, vers cet obscur détour, Si d'un consul trompé les ardents émissaires Oseraient épier nos terribles mystères.
CÉTHÉGUS
Peut-être avant le temps faudrait-il l'attaquer Au milieu du sénat qu'il vient de convoquer; Je vois qu'il prévient tout, et que Rome alarmée...
CATILTNA.
Prévient-il Mallius ? prévient-il mon armée ? Connaît-il mes projets? sait-il, dans son effroi, Que Mallius n'agit, n'est armé que pour moi ? Suis-je fait pour fonder ma fortune et ma gloire Sur un vain brigandage et non sur la victoire? Va, mes desseins sont grands, autant que mesures: Les soldats de Sylla sont mes vrais conjurés. Quand des mortels obscurs et de vils téméraires D'un complot mal tissu forment les nœuds vulgaires, Un seul ressort qui manque à leurs pièges tendus Détruit l'ouvrage entier et l'on n'y revient plus. Mais des mortels choisis, et tels que nous le sommes, Ces desseins si profonds, ces crimes de grands hom- Cette élite indomptable et ce superbe choix [mes, Des descendants de Mars et des vainqueurs des rois; Tous ces ressorts secrets, dont la force assurée Trompe de Cicéron la prudence égarée, Un feu dont l'étendue embrase au môme instant Les Alpes, l'Apennin, l'aurore et le couchant, Que Rome doit nourrir, que rien ne peut éteindre : Voilà notre destin, dis-moi s'il est à craindre.
CÉTHÉGUS
Sous le nom de César, Préneste est-elle à nous?
CATILINA
C'est là mon premier pas; c'est un des plus grands Qu'au sénat incertain je porte en assurance, [coups Tandis que Nonnius tombe sous ma puissance, Tandis qu'il est perdu, je fais semer le bruit Que tout ce grand complot par lui-même est conduit. La moitié du sénat croit Nonnius complice. Avant qu'on délibère, avant qu'on s'éclaircisse, Avant que ce sénat, si lent dans ses débats, Ait démêlé le piège où j'ai conduit ses pas, Mon armée est dans Rome et la terre asservie. Allez; que de ces lieux on enlève Aurélie, Et que rien ne partage un si grand intérêt.