‹ Théâtre completChapitre 614 sur 1720 · LE CHEF · texte numérisé non relu

LE CHEF

Chez lui. Ceux qui sont arrêtés N'accusent que lui seul de tant d'iniquités.

AURÉLIE

0 comble de la rage et de la calomnie !

On lui donne la mort : on veut flétrir sa vie !

Le cruel dont la main porta sur lui les coups...

CICÉRON

Achevez.

AURÉLtE.

Justes dieux! où me réduisez-vous?

Parlez; la vérité dans son jour doit paraître. Vous gardez le silence à l'aspect de ce traître! Vous baissez devant lui vos yeux intimides! Il frémit devant vous ! Achevez, répondez.

AURÉLIE

Ah ! je vous ai trahis ; c'est moi qui suis coupable.

CATILINA

Non, vous ne l'êtes point...

AURÉLIE

Va, monstre impitoyable; Va, ta pitié m'outrage, elle me fait horreur. Dieux! j'ai trop tard connu ma détestable erreur. Sénat, j'ai vu le crime, et j'ai tu les complices; Je demandais vengeance, il me faut des supplices. Ce jour menace Rome, et vous, et l'univers. Ma faiblesse atout fait, et c'est moi qui vous perds. Traître, qui m'as conduite à travers tant d'abîmes, Tu forças ma tendresse à servir tous tes crimes. Périsse, ainsi que moi, le jour, l'horrible jour, Où ta rage a trompé mon innocent amour ! Ce jour où, malgré moi, secondant ta furie, Fidèle à mes serments, perfide à ma patrie, Conduisant Nonnius à cet affreux trépas, Et, pour mieux l'égorger, le pressant dans mes bras, J'ai présenté sa tète à ta main sanguinaire !

(Tandis qu' Aurélie parle au bout du théâtre, Cicéron est assis plongé dans la douleur.)

Murs sacrés, dieux vengeurs, sénat, mânes d'un Romains, voilà l'époux dont j'ai suivi la loi, [père, Voilà votre ennemi!... Perfide, imite-moi.

(Elle se frappe.) CATILINA.

Où suis-jc? malheureux!

CATON

0 jour épouvantable !

CICÉRON, se levant.

Jour trop digne en effet d'un siècle si coupable!

AURÉLIE

Je devais... un billet remis entre vos mains... Consul... de tous côtés je vois vos assassins... Je me meurs...

(On emmène Aurélie.) CICÉRON.

S'il se peut, qu'on la secoure, Aufide ; Qu'on cherche cet écrit. En est-ce assez, perfide? Sénateurs, vous tremblez, vous ne vous joignez pas Pour venger tant de sang et tant d'assassinats ? Il vous impose encore? Vous laissez impunie La mort de Nonnius et celle d'Aurélie?

CATILINA

Va, toi-même as tout fait : c'est ton inimitié Qui me rend dans ma rage un objet de pitié; Toi, dont l'ambition, de la mienne rivale, Dont la fortune heureuse, à mes destins fatale, M'entraîna dans l'abîme où tu me vois plongé. Tu causas mes fureurs, mes fureurs t'ont vengé. J'ai haï ton génie et Rome qui l'adore; J'ai voulu ta ruine et je la veux encore. Je vengerai sur toi tout ce que j'ai perdu; Ton sang payera ce sang à tes yeux répandu : Meurs en craignant la mort, meurs de la mort d'un

[traître, D'un esclave échappé que fait punir son maître. Que tes membres sanglants, dans ta tribune épars, Des inconstants Romains repaissent les regards : Voilà ce qu'en partant ma douleur et ma rage Dans ces lieux abhorrés te laissent pour présage. C'est le sort qui t'attend et qui va s'accomplir; C'est l'espoir qui me reste et je cours le remplir.

Qu'on saisisse ce traître.

CÉTHÉGUS

En as-tu la puissance ?

SUR A

Oses-tu prononcer quand le sénat balance ?

CATILINA

La guerre est déclarée; amis, suivez mes pas. C'en est fait; le signal vous appelle aux combat-. Vous, sénat incertain, qui venez de m'entendre, Choisissez à loisir le parti qu'il faut prendre.

(Il sort avec quelques sénateurs de son parti.) CICÉRON.

Eh bien ! choisissez donc, vainqueurs de l'univers, De commander au monde ou de porter des fers. 0 grandeur des Romains ! ô majesté flétrie ! Sur le bord du tombeau, ré\ cille-toi, patrie.

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