L'ORPHELIN DE LA CHINE, ACTE I, SCÈNE V. SCÈNE III
ZAMTI, IDAMÉ, ASSÉLI, ÉTAN.
Étan, où courez-vous, interdit, consterné?
IDAMÉ
Fuyons de ce séjour au Scythe abandonné.
ÉTAN.
Vous êtes observés; la fuite est impossible; Autour de notre enceinte une garde terrible Aux peuples consternés offre de toutes parts Un rempart hérissé de piques et de dards. Les vainqueurs ont parlé; l'esclavage en silence Obéit à leur voix dans cette ville immense ; Chacun reste immobile et de crainte et d'horreur, Depuis que sous le glaive est tombé l'empereur.
ZAMTI.
11 n'est donc plus !
IDAMÉ
0 cieux !
ÉTAN.
De ce nouveau carnage Qui pourra retracer l'épouvantable image? Son épouse, ses fils sanglants et déchirés... 0 famille de dieux sur la terre adorés ! Que vous dirai-je ? hélas ! leurs têtes exposées Du vainqueur insolent excitent les risées. Tandis que leurs sujets, tremblant de murmurer, Baissent des yeux mourants qui craignent de pleu- De nos honteux soldats les phalanges errantes [rer, A genoux ont jeté leurs armes impuissantes. Les vainqueurs fatigués dans nos murs asservis, Lassés de leur victoire et de sang assouvis, Publiant à la fin le terme du carnage, Ont, au lieu de la mort, annoncé l'esclavage. Mais d'un plus grand désastre on nous menace en- On prétend que ce roi des fiers enfants du Nord, [cor: Gengis-kan, que le ciel envoya pour détruire, Dont les seuls lieutenants oppriment cet empire, Dans nos murs autrefois inconnu, dédaigné, Vient, toujours implacable et toujours indigné, Consommer sa colère et venger son injure. Sa nation farouche est d'une autre nature Que les tristes humains qu'enferment nos remparts : Ils habitent des champs, des tentes et des chars; Ils se croiraient gênés dans cette ville immense. De nos arts, de nos lois, la beauté les offense. Ces brigands vont changer en d'éternels déserts Les murs que si longtemps admira l'univers.
IDAMÉ
Le vainqueur vient sans doute armé de la vengeance. Dans mon obscurité j'avais quelque espérance; Je n'en ai plus. Les cieux, à nous nuire attachés, Ont éclairé la nuit où nous étions cachés. Trop heureux les mortels inconnus à leur maître !
ZAMTI.
Les nôtres sont tombés : le juste ciel peut-être Voudra pour l'orphelin signaler son pouvoir:
Veillons sur lui; voilà notre premier devoir. Que nous veut ce Tartare ?
IDAMÉ
0 ciel, prends ma défense !