‹ Théâtre completChapitre 646 sur 1720 · L'ORPHELIN DE LA CHINE, ACTE IV, SCENE I · texte numérisé non relu

L'ORPHELIN DE LA CHINE, ACTE IV, SCENE I

GENGIS

Mes chars et mes coursiers, mes flèches, mon car- Voilà mes passions et ma seule science. [quois, Des caprices du cœur j'ai peu d'intelligence ; Je connais seulement la victoire et nos mœurs : Les captives toujours ont suivi leurs vainqueurs. Cette délicatesse importune, étrangère.

Dément votre fortune et votre caractère. Et qu'importe pour vous qu'une esclave de pins Attende en gémissant vos ordres absolus ?

GENGIS

Qui connaît mieux que moi jusqu'où va ma puis- Je puis, je le sais trop, user de violence : [sance? Mais quel bonheur honteux, cruel, pmpoisonné, D'assujettir un cœur qui ne s'est point donné ; De ne voir en des yeux, dont on sent les atteintes, Qu'un nuage de pleurs et d'éternelles craintes, Et de ne posséder, dans sa funeste ardeur, Qu'une esclave tremblante à qui l'on fait horreur! Les monstres des forêts qu'habitent nos Tartares Ont des jours plus sereins, des amours moins bar- Enfin, il faut tout dire ; Idamépritsur moi[bares. Un secret ascendant qui m'imposait la loi. [vienne. Je tremble que mon cœur aujourd'hui s'en sou- J'en étais indigné ; son àme eut sur la mienne, Et sur mon caractère, et sur ma volonté, Un empire plus sur et plus illimité Que je n'en ai reçu des mains de la victoire Sur cent rois détrônés, accablés de ma gloire : Voilà ce qui tantôt excitait mon dépit. Je la veux pour jamais chasser de mon esprit. Je me rends tout entier à ma grandeur suprême ; Je l'oublie : elle arrive ; elle triomphe et j'aime.

Page 1