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TANCRÈDE, ACTE II, SCENE II

Je ne crains plus.

AMEXAÏDE.

FANIE.

On dit qu'un arrêt redouté Contre Tancrède même est aujourd'hui porté : Il y va de la vie à qui le veut enfreindre.

AMÉXAÏDE.

Je le sais; mon esprit en fut épouvanté : Mais l'amour est bien faible alors qu'il est timide. J'adore, tu le sais, un héros intrépide : Comme lui je dois l'être.

FAXIE.

Une loi de rigueur Contre vous, après tout, serait-elle écoutée? Pour effrayer le peuple elle paraît dictée.

AMÉNAÏDE

Elle attaque Tancrède, elle me fait horreur. Que cette loi jalouse est digne de nos maîtres! Ce n'était point ainsi que ces braves ancêtres, Ces généreux Français, ces illustres vainqueurs, Subjuguaient l'Italie et conquéraient des cœurs. On aimait leur franchise, on redoutait leurs armes; Les soupçons n'entraient point dans leurs esprits

[altiers.

L'honneur avait uni tous ces grands chevaliers : Chez les seuls ennemis ils portaient les alarmes; Et le peuple, amoureux de leur autorité, Combattait pour leur gloire et pour sa liberté. Ils abaissaientles Grecs, ils triomphaient du Maure. Aujourd'hui je ne vois qu'un sénat ombrageux, Toujours en défiance et toujours orageux, Qui lui-même se craint et que le peuple abhorre. Je ne sais si mon cœur est trop plein de ses feux ; Trop de prévention peut-être me possède; Mais je ne puis souffrir ce qui n'est pas Tancrède. La foule des humains n'existe point pour moi : Son nom seul en ces lieux dissipe mon effroi, Et tous ses ennemis irritent ma colère.

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