‹ Théâtre completChapitre 707 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

CASSANDRE, SOSTÈNE.

CASSANDRE

Sostène, on va finir ces mystères terribles. Cassandre espère enfin des dieux moins inflexibles : Mes jours seront plus purs et mes sens moins Je respire. [troublés.

SOSTÈNE.

Seigneur, près d'Éphèse assemblés, Des guerriers qui servaient sous le roi votre père Ont fait entre mes mains le serment ordinaire : Déjà la Macédoine a reconnu vos lois ; De ses deux protecteurs Éphèse a fait le choix. Cet honneur, qu'avec vous Antigone partage, Est de vos grands destins un auguste présage : Ce règne, qui commence à l'ombre des autels, Sera béni des dieux et chéri des mortels ; Ce nom d'initié, qu'on révère et qu'on aime, Ajoute un nouveau lustre à la grandeur suprême. Paraissez.

CASSANDRE

Je ne puis : tes yeux seront témoins De mes premiers devoirs et de mes premiers soins. Demeure en ces parvis.... Nos augustes prêtresses Présentent Olympie aux autels des déesses : Elle expie en secret, remise entre leurs bras,

1. Avertissement des éditeurs de Kehl, — Cette tragédie parut imprimée en 1763: elle fut jouée à Ferney et sur le théâtre de l'électeur palatin. M. de Voltaire, alors âgé de soixante-neuf ans, la composa en six jours.

« C'est l'ouvrage de six jours, » écrivait-il à un philosophe

Mes malheureux forfaits qu'elle ne connaît pas. D'aujourd'hui je commence une nouvelle vie. Puisses-tu. pour jamais, chère et tendre Olympie, Ignorer ce grand crime avec peine effacé, Et quel sang t'a fait naître et quel sang j'ai versé !

SOSTÈNE.

Quoi ! seigneur, une enfant vers l'Euphrate en- Jadis par votre père à servir réservée, [levée, Sur qui vous étendiez tant de soins généreux, Pourrait jeter Cassandre en ces troubles affreux !

CASSANDRE

Respecte cette esclave à qui tout doit hommage : Du sort qui l'avilit je répare l'outrage. Mon père eut ses raisons pour lui cacher le rang Que devait lui donner la splendeur de son sang... Que dis-je? ô souvenir! ô temps !ô jour de crimes ! Il la comptait, Sostène, au nombre des victimes Qu'il immolait alors à notre sûreté...

Nourri dans le carnage et dans la cruauté, Seul je pris pitié d'elle et je fléchis mon père ; Seul je sauvai la fille, ayant frappé la mère. Elle ignora toujours mon crime et ma fureur. Olympie, à jamais conserve ton erreur!

Tu chéris dans Cassandre un bienfaiteur, un maître. Tu me délesteras, si tu peux te connaître.

SOSTÈNE.

Je ne pénètre point ces étonnants secrets, Et ne viens vous parler que de vos intérêts. Seigneur, de tous ces rois que nous voyons pré- Avec tant de fureur au trône d'Alexandre, [tendre L'inflexible Antigone est seul votre allié...

J'ai toujours avec lui respecté l'amitié ; Je lui serai fidèle.

illustre dont il voulait savoir l'opinion sur cette pièce. « L'auteur n'aurait pas dû se reposer le septième, » lui répondit son ami. « Aussi s'est-il repenti de son ouvrage, o répliqua M. de Voltaire, et quelque temps après il renvoya la pièce avec beaucoup de corrections.

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