OLYMPIE, ACTE I, SCÈNE III
Où mon père emporta mon aveugle courage,, J'en ai longtemps gémi.
AXTIGOXE.
Mars quels motifs secrets Redoublent aujourd'hui de si cuisants regrets? Dans le cœur d'un ami j'ai quelque droit de lire: Vous dissimulez trop.
CASSAXDRE.
Ami.... que puis-je dire?
Croyez qu'il est des temps où le cœur combattu Par un instinct secret revole à la vertu, Où d,e nos attentats la mémoire passée Revient avec horreur effrayer la pensée.
AXTIGOXE.
Oubliez, croyez-moi, des meurtres expiés; Mais que nos intérêts ne soient point oubliés: Si quelque repentir trouble encor votre vie, Repentez-vous surtout d'abandonner l'Asie A l'insolente loi du traître Antiochus.
Que mes braves guerriers et vos Grecs invaincus l'nc seconde fois fassent trembler l'Euphrate : De tous ces nouveaux rois dont la grandeur éclate Nul n'est digne de l'être, et dans ses premiers ans N'a servi, comme nous, le vainqueur des Persans. Tous nos chefs ont péri.
CASSANDRE
Je le sais, et peut-être Dieu les immola tous aux mânes de leur maître.
ANTIGOXE.
Nous restons, nous vivons, nous devons rétablir Ces débris tout sanglants qu'il nous faut recueillir. Alexandre, en mourant, les laissait au plus digne : Si j'ose les saisir, son ordre me désigne. Assurez ma fortune ainsi que votre sort: Le plus digne de tous, sans doute, est le plus fort. Relevons de nos Grecs la puissance détruite; Que jamais parmi nous la discorde introduite Ne nous expose en proie à ces tyrans nouveaux, Eux qui n'étaient pas nés pour marcher nos égaux. Me le promettez-vous?
CASSAXDRE.
Ami, je vous le jure; Je suis prêt à venger notre commune injure. Le sceptre de l'Asie est en d'indignes mains, Et l'Euphrate et le Nil ont trop de souverains: Je combattrai pour moi, pour vous et pour la Grèce.
AXTIGOXE.
J'en crois votre intérêt, j'en crois votre promesse; Et surtout je me fie à la noble amitié Dont le nœud respectable avec vous m'a lié. Mais de cette amitié je vous demande un gage; Ne me refusez pas.
CASSANDRE
Ce doute est un outrage.
Ce que vous demandez est-il en mon pouvoir? C'est un ordre pour moi, vous n'avez qu'à vouloir.
AXTIGOXE.
Peut-être vous verrez avec quelque surprise
Le peu qu'à demander l'amitié m'autorise : Je ne veux qu'une esclave..
CASSAXDRE,
Heureux de vous servir, Ils sont tous à vos pieds; c'est à vous de choisir.
AXT1GOXE.
Souffrez que je demande une jeune étrangère Qu'aux murs de Babylone enleva votre père : Elle est votre partage; accordez-moi ce prix [pris. De tant d'heureux travaux pour vous-même entre- Vôtre père, dit-on, l'avait persécutée; J'aurai soin qu'en ma cour elle soit respectée : Son nom est.... Olympie.
CASSAXDRE.
Olympie !
ANTIGOXE.
Oui, seigneur.
CASSAXDRE, à part.
De quels t rai ts imprévus il vient percer mon cœur ! . . . Que je livre Olympie!
AXTIGOXE.
Écoutez; je me flatte [te.
Que Cassandre envers moi n'a point une âmeingra- Sur les moindres objets un refus peut blesser; lit vous ne voulez pas sans doute m'offenser?
CASSAXDRE.
Non : vous verrez bientôt cette jeune captive; Vous-même jugerez s'il faut qu'elle vous suive, S'il peut m'ètre permis de la mettre en vos mains. Ce temple est interdit aux profanes humains. Sous les yeux vigilants des dieux et des déesses, Olympie est gardée au milieu des prêtresses. Les portes s'ouvriront quand il en sera temps. Dans ce parvis ouvert au reste des vivants, Sans vous plaindre de moi, daignez au moins m'at-
[tendre, Des mystères nouveaux pourront vous y surprendre, Et vous déciderez si la terre a des rois Qui puissent asservir Olympie à leurs lois.
[Il rentre dans le temple, el Sostène sort.)
ANTIGONE, HERMAS, dans le péristyle.
HERMAS
Seigneur, vous m'étonnez : quand l'Asie en alarmes Voit cent trônes sanglants disputés par les armes, Quand des vastes États d'Alexandre au tombeau La fortune prépare un partage nouveau, Lorsque vous prétendez au souverain empire, Vnc esclave est l'objet où ce grand cœur aspire!
AXTIGOXE.
Tu dois t'en étonner. J'ai des raisons, Hcrmas, Que je n'ose encor dire et qu'on ne connaît pas : Le sort de cette esclave est important peut-être À. tous les rois d'Asie, à quiconque veut l'être, A quiconque en son sein porte un assez grand cœur Pour oser d'Alexandre être le successeur.
OLYMPTE, ACTE I, SCÈNE V.
Sur le nom de l'esclave et sur ses aventures J'ai formé dès longtemps d'étranges conjectures: J'ai voulu m'éclaircir ; mes yeux dans ces remparts Ont quelquefois s'ur elle arrêté leurs regards ; Ses traits, les lieux, le temps où le ciel la fit naître, Les respects étonnants que lui prodigue un maître, Les remords de Cassandre et ses obscurs discours, A ces soupçons secrets ont prêté des secours. Je crois avoir percé ce ténébreux mystère.
HERMAS
On dit qu'il Ja chérit et qu'il l'élève en père,
ANTIGONE
Nous verrons.... Mais on ouvre, et ce temple sacré Nous découvre un autel de guirlandes paré : Je vois des deux côtés les prêtresses paraître. Au fond du sanctuaire est assis le grand prêtre ; Olympie et Cassandre arrivent à l'autel!