LYMP1E, ACTE III, SCÈNE V
Je préfère (et ce choix n'a rien qui vous étonne) La cendre qui vous couvre au sceptre qu'il me don- Je n'ai point balancé; laissez-moi dans vosbras [ne. Oublier tant d'amour avec tant d'attentats. Votre fille en l'aimant devenait sa complice. Pardonnez, acceptez mon juste sacrifice; Séparez, s'il se peut, mon cœur de ses forfaits; Empêchez-moi surtout de le revoir jamais.
STATIRA
Je reconnais ma fille et suis moins malheureuse. Tu rends un peu dévie à ma langueur affreuse; [main Je renais.... Ah! grands dieux! vouliez-vousquema Présentât Olympie à ce monstre inhumain? Qu'exigiez-vous de moi? quel affreux ministère Et pour votre prêtresse, hélas! et pour sa mère! Vous en avez pitié : vous ne prétendiez pas M'arrêter dans le piège où vous guidiez mes pas.
Cruel, n'insulte plus et l'autel et le trône : Tu souillas de mon sang les murs de Babylone; J'aimerais mieux encore une seconde fois Voir ce sang répandu par l'assassin des rois, Que de voir mon sujet, mon ennemi.... Cassandre, Aimer insolemment la fille d'Alexandre.
CASSANDRE
Je me condamne encore avec plus de rigueur; Mais j'aime, mais cédez à l'amour en fureur. Olympie est à moi; je sais quel fut son père, Je suis roi comme lui, j'en ai le caractère, J'en ai les droits, la force; elle est ma femme enfin : Rien ne peut séparer mon sort et son destin. Ni ses frayeurs, ni vous, ni les dieux, ni mes crimes, Rien ne rompra jamais des nœuds si légitimes. Le ciel de mes remords ne s'est point détourné; Et, puisqu'il nous unit, il a tout pardonné. Mais si l'on veut m'ôter cette épouse adorée, Sa main qui m'appartient, sa foi qu'elle a jurée, Il faut verser ce sang, il faut m'ôter ce cœur, Qui ne connaît plus qu'elle et qui vous fait horreur. Vos autels à mes yeux n'ont plus de privilège; Si je fus meurtrier, je serai sacrilège. J'enlèverai ma femme à ce temple, à vos bras, Aux dieux môme, à nos dieux, s'ils ne m'exauçaient Je demande la mort, je la veux, je l'envie, [pas. Mais je n'expirerai que l'époux d'Olympie. Il faudra, malgré vous, que j'emporte au tombeau Et l'amour le plus tendre et le nom le plus beau, Et les remords affreux d'un crime involontaire, Qui fléchiront du moins les mânes de sou père.
(Cassandre sort avec Soslène.)