‹ Théâtre completChapitre 728 sur 1720 · OLYMPIE, ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

OLYMPIE, ACTE III, SCÈNE VI

Si vous la protégez, si vous vengez son père, Je ne vois plus en vous que mon dieu tutélaire. Seigneur, sauvez ma fille, au bord de mon tombeau, Du crime et du danger d'épouser mon bourreau.

ANTIGONB.

Digne sang d'Alexandre, approuvez-vous mon zèle? Acceptez-vous mon offre, et pensez-vous comme elle?

OLYMPIE

Je dois haïr Cassandre.

ANTIGONE

11 faut donc m'accorder Le prix, le noble prix que je viens demander. Contre mon allié je prends votre défense; Je crois vous mériter; soyez ma récompense. Toute autre est un outrage, et c'est vous que je veux. Cassandre n'est pas fait pour obtenir vos vœux. Parlez, et je tiendrai cette gloire suprême De mon bras, de la reine, et surtout de vous-même ; Prononcez : daignez-vous m'honorer d'un tel prix?

STATIRA

Décidez.

OLYMPIE

Laissez-moi reprendre mes esprits....

J'ouvre à peine les yeux. Tremblante, épouvantée, Du sein de l'esclavage en ce temple jetée; Fille de Statira, fille d'un demi-dieu, Je retrouve une mère en cet auguste lieu, De son rang, de ses biens, de son nom dépouillée, Et d'un sommeil de mort à peine réveillée; J'épouse un bienfaiteur... il est un assassin. Mon époux de ma mère a déchiré le sein. Dans cet entassement d'horribles aventures, Vous m'offrez votre main pour venger mes injures. Que puis-je vous répondre?... Ah! dans de tels (Embrassant sa mère.) [moments.

Voyez à qui je dois mes premiers sentiments; Voyez si les flambeaux des pompes nuptiales Sont faits pour éclairer ces horreurs si fatales, Quelle foule de maux m'environne en un jour, Et si ce cœur glacé peut écouter l'amour.

STATIRA

Ah ! je vous réponds d'elle et le ciel vous la donne. La majesté, peut-être, ou l'orgueil de mon trône N'avait pas destiné, dans mes premiers projets, La fille d'Alexandre à l'un de mes sujets; Mais vous la méritez en osant la défendre. C'est vous qu'en expirant désignait Alexandre ; Il nomma le plus digne et vous le devenez : Son trône est votre bien quand vous le soutenez. Que des dieux immortels la faveur vous seconde! Que leur main vous conduise à l'empire du monde ! Alexandre et sa veuve, ensevelis tous deux, Lui dans la tombe, et moi dans ces murs ténébreux, Vous verront sans regret au trône de mes pères ; Et puissent désormais les destins, moins sévères, En écarter pour vous cette fatalité Qui renversa toujours ce trône ensanglanté!

ANTIGONE

Il sera rclovc; parla main d'Olympie.

Montrez-vous avec elle aux peuples de l'Asie, Sortez de cet asile, et je vais tout presser Pour venger Alexandre et pour le remplacer.

(Il sort.)

Page 1