‹ Théâtre completChapitre 730 sur 1720 · SI A TIR A · texte numérisé non relu

SI A TIR A

Explique-toi: tu me glaces d'horreur; Parle,

OLYMPIE

Je ne le puis.

STATIRA

Va, tu m'arraches rame, Finis ce trouble affreux; parle, dis-je.

OLYMPIE

| Pour me justifier prenez votre victime, Immolez votre fille.

STATIRA

Ah! j'en crois tes vertus; Je te plains, Olyinpie, et ne t'accuse plus : J'espère en ton devoir, j'espère en ton courage. Moi-même j'ai pitié d'un amour qui m'outrage. Tu déchires mon cœur et tu sais l'attendrir; Console au moins ta mère en la faisant mourir. Va, je suis malheureuse et tu n'es point coupable.

OLYMPIE

Ah! madame, Qui de nous deux, o ciel! est la plus misérable? Je sens trop de quels coups je viens de vous frapper : Mais je vous chéris trop pour vouloir vous tromper. Prête à me séparer d'un époux si coupable, Je le fuis... mais je l'aime.

STATIRA

O parole exécrable!

Dernier de mes moments ! cruelle fille, hélas! Puisque tu peux l'aimer, tu ne le fuiras pas. Tu l'aimes! tu trahis Alexandre et ta mère! Grand Dieu! j'ai vu périr mon époux et mon père; Tu m'arrachas ma fille, et ton ordre inhumain Me la fait retrouver pour mourir de sa main!

OLYMPIE

Je me jette à \os pieds...

STATIRA

Fille dénaturée !

Fille trop chère!

OLYMIIE.

Hélas! de douleurs dévorée, Tremblante à vos genoux, je les baigne de pleurs. Ma mère, pardonnez.

STATIRA

Je pardonne.... et je meurs.

OLYMPIE

Vivez, écoutez-moi.

STATIRA

Que veux-tu?

Je vous jure [turc, Par les dieux, par mon nom, par vous, par la na- Que je m'en punirai, qu'Olympie aujourd'hui Répandra tout son sang avant que d'être à lui. Mon cœur vous est connu. Je vous ai dit que j'aime ; Jugez par ma faiblesse et par cet aveu même Si ce cœur est à vous, et si vous l'emportez Sur mes sens éperdus que l'amour a domptés. Ne considérez point ma faiblesse et mon âge ; De mon père et de vous je me sens le courage : J'ai pu les offenser, je ne peux les trahir; Et vous me connaîtrez en me voyant mourir.

STATIRA

Tu peux mourir, dis-tu, fille inhumaine et chère, Et tu ne peux haïr l'assassin de ton père !

OLYMPIE

Arrachez-moi ce cœur ; vous verrez qu'un époux. Quelque cher qu'il me fût, y régnait moins que vous : Vous y reconnaîtrez ce pur sang qui m'anime.

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