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LE TRIUMVIRAT, ACTE IV, SCÈNE IV

FULVIE

Vous avez remarqué ces roches entassées Qui laissent un passage à ces vallons secrets, Arrosés d'un ruisseau que bordent des cyprès; Le pavillon d'Antoine est auprès du rivage. Passez et dédaignez de venger mon outrage : Vous trouverez plus loin l'enceinte et les palis Où du clément César est le barbare fils. Avancez, vengez-vous.

AUFIDE

Une troupe sanglante, Dans la nuit, à toute heure, environne sa tente. Des plaisirs de leurs chefs affreux imitateurs, Ils dorment auprès d'eux dans le sein des horreurs.

POMPÉE

Vous avez préparé votre fidèle esclave?

FULVIE

Il vous attend : marchez jusques au lit d'Octave.

POMPÉE, à Fulvie.

Je laisse entre vos mains, dans ce cruel séjour, L'objet, le seul objet pour qui j'aimais le jour, Le seul qui pût unir deux familles fatales, Deux races de héros en infortune égales, Le sang des vrais Césars. Ayez soin de son sort, Enseignez à son cœur à supporter ma mort. Qu'elle envisage moins ma perte que ma gloire ; Que, mort pour la venger, je vive en sa mémoire : C'est tout ce que j e veux. Mais, en portan t mes co ups, Je vous laisse exposée et je frémis pour vous. Antoine est en ces lieux maître de votre vie? Il peut venger sur vous le frère d'Octavie.

FULVIE

Qui? lui? qui? ce mortel sans pudeur et sans foi? Cet oppresseur de Rome, et du monde et de moi? Lui, qui m'ose exiler? Quoi! dans mon entreprise Vous pensez qu'un tyran, qu'une mort me suffise? Aviez-vous soupçonné que je ne saurais pas Porter, ainsi que vous, et souffrir le trépas; Que je dévorerais mes douleurs impuissantes? Voyez de ces tyrans les demeures sanglantes: C'est l'école du meurtre et j'ai dû m'y former ; De leur esprit de rage ils ont su m'animer. Leur loi devient la mienne, il faut que je la suive; Il faut qu'Antoine meure et non pas que je vive. Il périra, vous dis-je.

POMPÉE

Et par qui?

FULVIE

Par ma main.

POMPÉE

Osez-vous bien remplir un si hardi dessein?

FULVIE

Osez-vous en douter? le destin nous rassemble Pour délivrer la terre et pour mourir ensemble. Que le triumvirat, par nous deux aboli, Dans la tombe avec nous demeure enseveli. J'ai trop vécu comme eux : le terme de ma vie

[remplie ; Est conforme aux horreurs dont les dieux l'ont

Et Pompée, aux enfers descendant sans effroi, Y va traîner Octave avec Antoine et moi.

AUFIDE

Non, espérez encor ; les soldats de ces traîtres Ont changé quelquefois de drapeaux et de maîtres : Ils ont trahi Lépide; ils pourront aujourd'hui Vendre au fils de Pompée un mercenaire appui. Pour gagner les Romains, pour forcer leur hom-

[mage, Il ne faut qu'un grand nom, de l'or et du courage. On a vu Marius entraîner sur ses pas Les mêmes assassins payés pour son trépas. Nous séduirons les uns, nous combattrons le reste. Ce coup désespéré peut vous être funeste; Mais il peut réussir. Brutus et Cassius [eus.

N'avaient pas, après tout, des projets mieux con- Téméraires vengeurs de la cause commune, Us ont frappé César et tenté la fortune. Ils devaient mille fois périr dans le sénat : Ils vivent cependant, ils partagent l'État; Et dans Rome avec vous je les verrai peut-être. Mes guerriers sur nos pas à l'instant vont paraître. Nous vous suivrons de près; il en est temps, marpompée. [chons.

Je t'invoque, Brutus! je t'imite; frappons!

(Il son avec Âufide.)

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