LES GUÈBRES, ACTE II, SCENE VI
Dans quel contentement je parais cet autel! Combien je chérissais cet heureux ministère! Quel plaisir j'éprouvais dans le doux nom de frère!
ARZAME.
Ah ! ne prononcez pas un nom trop odieux.
CÉSÈNE
Que dites-vous?
m A DAN.
11 faut m'arracher de ces lieux; Renonçons pour jamais à ce poste funeste, A ce rang avili qu'avec vous je déteste, A tous ces vains honneurs d'un soldat détrompé, Trop basse ambition dont j'étais occupé. [dre; Fuyons dans la retraite où vous vouliez vous ren- De nos enfants, mon frère, allons pleurer la cendre. Nos femmes, nos enfants, nous ont été ravis; Vous pleurez votre fille et je pleure mon fils. Tout est fini pour nous; sans espoir sur la terre, Que pouvons-nous prétendre à la cour, à la guerre? Quittons tout et fuyons. Mon esprit aveuglé [sole; Cherchait de nouveaux nœuds qui m'auraient con- Ils sont rompus, le ciel en a coupé la trame. Fuyons, dis-je, à jamais et du monde et d'Arzame.
CÉSÈNE
Vous me glacez d'effroi; quel trouble et quels des- Vous laisseriez Arzame à ses vils assassins, [seins! A ses bourreaux? qui? vous!
IRADAN.
Arrêtez; peut-on croire D'un soldat, de son frère, une action si noire? Ce que j'ai commencé je le veux achever; Je ne la verrai plus, mais je dois la sauver, [gage; Mes serments, ma pitié, mon honneur, tout m'en- Et je n'ai point de vous mérité cet outrage : Vous m'offensez.
ARZAME.
0 ciel! ô frères généreux!
Dans quel saisissement vous me jetez tous deux! Hélas! vous disputez pour une malheureuse. Laissez-moi terminer ma destinée affreuse : Vous en voulez trop faire et trop sacrifier; Vos bontés vont trop loin, mon sang doit les payer.