SCÈNE II
le jeune ARZÉMON, MÉGATISE, ARZAME.
ARZAME.
Cher époux, cher espoir de mon cœur !
Le dieu de notre hymen, le dieu de la nature, A la fin nous arrache à cette terre impure.... Quoi ! c'est là Mégatise! en croirai-je mes yeux? Un ignicole, un Guèbre, est soldat en ces lieux!
LE JEUNE ARZÉMON.
Il est trop vrai, ma sœur.
MÉGATISE.
Oui, j'en rougis de honte.
ARZAME.
Servira-t-il du moins à cette fuite prompte?
mégatise.
Sans doute il le voudrait.
ARZAME.
Notre libérateur Des prêtres acharnés va tromper la fureur.
LE JEUNE ARZÉMON.
Je vois.... qu'il peut tromper.
ARZAME.
Tout est prêt pour la fuite.
De fidèles soldats marchent à notre suite. Mégatise en est-il?
mégatise.
Je vous offre mon bras, C'est tout ce que je puis.... Je ne vous quitte pas.
ARZAME, au jeune Arzémon, Iradan de mon sort dispose avec son frère.
LE JEUNE ARZÉMON.
On le dit.
Tu pâlis : quel trouble involontaire Obscurcit tes regards de Larmes inondés?
LE JEUNE ARZÉMON.
Quoi! Côsène, Iradan! de grâce, répondez; Où sont-ils? qu'ont-ils fait?
ARZAME.
Ils sont près du grand-prêtre.
LE JEUNE ARZÉMON.
Près de ton meurtrier!
ARZAME.
Ils vont bientôt paraître.
LE JEUNE ARZÉMON.
Ils tardent bien longtemps.
ARZAME.
Tu les verras ici.
LE JEUNE ARZÉMON, se jetant dans les bras de Méfjalise. Cher ami, c'en est fait, tout est donc éclairci!
ARZAME.
Eh quoi ! la crainte encor sur ton front se déploie, Quand l'espoir le plus doux doit nous combler de joie, Quand le noble Iradan va tout quitter pour nous, Lorsque de l'empereur il brave le courroux; Que pour sauver nos jours il hasarde sa vie, Qu'il se trahit lui-même et qu'il se sacrifie!
LE JEUNE ARZÉMON.
Il en fait trop peut-être.
Ah! calme ta douleur; Mon frère, elle est injuste.
LE JEUNE ARZÉMON.
Oui, pardonne, ma sœur, Pardonne; écoute au moins : Mégatise est fidèle; Notre culte est le sien; je réponds de son zèle; C'est un frère: àses. y eux nos cœurspeuvent s'ouvrir. Dans celui d'Iradan n'as-tu pu découvrir Quels sentiments secrets ce Romain nous conserve? Il paraissait troublé, tu t'en souviens : observe, Rappelle en ton esprit jusqu'aux moindres discours Qu'il t'aura pu tenir, du péril où tu cours, Des prêtres ennemis, de César, de toi-même, [me. Des lois que nous suivons, d'un malheureux qui t'ai-
ARZAME.
Cher frère, tendre amant, que peux-tu demander?
LE JEUNE ARZÉMON.
Ce qu'à notre amitié ton cœur doit accorder, Ce qu'il ne peut cacher à ma fatale flamme Sans verser des poisons dans le fond de mon âme.
ARZAME.
J'en verserai peut-être en osant t'obéir.
LE JEUNE ARZÉMON.
N'importe, il faut parler, te dis-je, ou me trahir; El puisque je t'adore, il y va de ma vie.
ARZAME.
Je ne crains point de toi de vaine jalousie; Tu ne la connais point: un sentiment si bas Blesse le nœud d'hymen et ne l'affermit pas.
Crois qu'un autre intérêt, un soin plus cher m'aniarzame. [me.
Tu le veux, je ne puis désobéir sans crime... J'avouerai qu'Iradan, trop prompt à s'abuser,
M'a présenté sa main que j'ai dû refuser.
LE JEUNE ARZÉMON.
Il t'aimait !
ARZAME.
Il l'a dit.
LE JEUNE ARZÉMON.
Il t'aimait!
ARZAME.
Sa poursuit»' A lui tout confier malgré moi m'a réduite ; Il a su le secret de ma religion, Et de tous mes devoirs, et de ma passion. Par de profonds respects, par un aveu sincère, J'ai repoussé l'honneur qu'il prétendait me faire ; A ses empressements j'ai mis ce frein sacré : Ce secret à jamais devait être ignoré ; Tu me l'as arraché; mais crains d'en faire usage.
LE JEUNE ARZÉMON.
Achève; il a donc su ce serment qui m'engage, Qui rejoint par nos lois le frère avec la sœur?
ARZAME.
Qu'a produit en lui ce nœud si saint?
ARZAME.
L'horreur.
LE JEUNE ARZÉMON, à Mégatise.
C'est assez, je vois tout; le barbare! il se venge.
ARZAME.
Malgré notre hymônée à ses yeux trop étrange, Malgré cette horreur môme, il ose protéger Notre sainte union, bien loin de s'en venger. Nous quittonspour jamais ces sanglantes demeures.
LE JEUNE ARZÉMON.
Ah! ma sœur!... c'en est fait.
ARZAME.
Tu frémis et tu pleures!
LE JEUNE ARZÉMON.
Qui? moi!... ciel!... Iradan...
ARZAME.
Pourrais-tu soupçonner Que notre bienfaiteur pût nous abandonner?
LE JEUNE ARZÉMON. [baro...
Pardonne... en ces moments... dans un lieu si bar- Parmi tant d'ennemis... aisément on s'égare... Du parti que l'on prend le cœur est effrayé.
Ah! du mien qui t'adore il faut avoir pitié.
Tu sors!... Demeure, attends, ma douleur t'en con-
LE JEUNE ARZÉMON. [jure.
Ami, veille sur elle... 0 tendresse! ô nature!
(Avec fureur.) [mavoix!
Que vais-je faire? ah, Dieu!... Vengeance, entends
(// embrasse sa sœur en pleurant.) Je t'embrasse, ma sœur, pour la dernière fois.
(// sort.)