‹ Théâtre completChapitre 898 sur 1720 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MASSINISSE, LÉLIE, licteurs.

Eh bien ! de Scipion ministre respectable, Venez- vous m'annoncer son ordre irrévocable ?

LÉLIE

J'annonce du sénat les décrets souverains, Que le consul de Rome a remis en mes mains. Pouvez-vous écouter ce que je dois vous dire ? Vous paraissez troublé !

MASSINISSE

Je suis prêt à souscrire Aux projets des Romains que vous me présentez, Si par l'équité seule ils ont été dictés, Et s'ils n'outragent point ma gloire et ma couronne. Parlez: quel est le prix que le sénat me donne?

LÉLIE

Le trône deSyphax déjà vous est rendu; C'est pour le conquérir que l'on a combattu ; A vos nouveaux Étals, à votre Numidie, Pour vous favoriser, on joint la Mazénie : Ainsi, dans tous les temps et de guerre et de paix, Rome à ses alliés prodigue ses bienfaits. On vous a déjà dit que Cirthe, Hippone, U tique, Tout, jusqu'au mont Atlas, est à la république. Décidez maintenant si vous voulez demain De Scipion vainqueur accomplir le dessein, De l'Afrique avec lui soumettre le rivage, Et, fidèle allié, camper devant Carthage.

MASSINISSE

Carthage! oubliez-vous qu'Annibal la défend, Que sur votre* chemin ce héros vous attend ? Craignez d'y retrouver Trasiinène et Trébie.

LÉLIE

La fortune a changé : l'Afrique est asservie. Choisissez de nous suivre ou de rompre avec nous.

MASSINISSE, à part.

Puis-jc encore un moment retenir mon courroux !

LÉLIE

Vous voyez vos devoirs et tous vos avantages» De Rome maintenant connaissez les usages : Elle élève les rois et sait les renverser; Au pied du Capitole ils viennent s'abaisser. La veuve de Syphax était notre ennemie; Dans un sang odieux elle a reçu la vie; Et son seul châtiment sera de voir nos dieux, Et d'apprendre dans Rome à nous connaître mieux

MASSINISSE

Téméraire! arrêtez... Sophonisbe est ma femme; Tremblez de m'outrager.

LÉLIE

Je connais votre flamme; Je la respecte peu lorsque dans vos États Vous-même devant moi ne vous respectez pas : Sachez que Sophonisbe, à nos chaînes livrée, De ce titre d'épouse en vain s'est honorée, Qu'un prétexte de plus ne peut nous éblouir, Que j'ai donné mon ordre, et qu'il faut obéir.

MASSINISSE

Ah! c'en est trop enfin : cet excès d'insolence Pour la dernière fois tente ma patience.

(Mettant la main à son êpée.) Traître! ôte-moi la vie, ou meurs de cette main.

LÉLIE

Prince, si je n'étais qu'un citoyen romain, Un tribun de l'armée, un guerrier ordinaire, Vous me verriez bientôt prêt à vous satisfaire ; Lélie avec plaisir recevrait cet honneur : Mais, député de Rome et de mon empereur, Commandant en ces lieux, tout ce que je dois faire,

C'est d'arrêter d'un mot votre vaine colère

Romains, qu'on m'en réponde.

(Les licteurs entourent Massinisse et le désarment.) MASSINISSE.

Ah! lâche!... Mes soldais Me laissent sans défense!

LÉLIE

Ils ne paraîtront pas ; Us sont, ainsi que vous, tombés en ma puissance. Vous avez abusé de notre confiance .: [nus ;

Quels que soient vos desseins, ils sont tous préve- Et nous vous épargnons des malheurs superflus. Si vous vouiez de Rome obtenir quelque grâce, Scipion va venir, il n'est rien que n'efface A ses yeux indulgents un juste repentir. Rentrez dans le devoir dont vous osiez sortir. On vous rendra, seigneur, vos soldats et vos armes, Quand sur votre conduite on aura moins d'alarmes, Et quand vous cesserez de préférer en vain Une Carthaginoise à l'empire romain.

Vous avez combattu sous nous avec courage : Mais on est quelquefois imprudent â votre âge.

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