‹ Théâtre completChapitre 915 sur 1720 · PHARES · texte numérisé non relu

PHARES

Sais-tu que Jupiter ordonne de ta vie?

ASTÉK1E.

Le Jupiter de Crète, aux yeux de ma patrie, Est un fantôme vain que ton impiété Fait servir de prétexte à ta férocité.

phares. [phèmes,

Apprends que ton trépas, qu'on doit à tes blas- Est déjà préparé par mes ordres suprêmes.

ASTÉRIE

Je le sais, de ma mort indigne et lâche auteur; Je lésais, inhumain, mais j'espère un vengeur.

Tous mes concitoyens sont justes et terribles, Tu les connais, tu sais s'ils furent invincibles. Les foudres de ton dieu, par un aigle portés, Ne te sauveront pas de leurs traits mérités: Lui-même, s'il existe et s'il régit la terre, S'il naquit parmi vous, s'il lance le tonnerre, Il saura bien sur toi, moustre de cruauté, Venger son divin nom si longtemps insulté. Puisse tout l'appareil de ton infâme fêle, Tes couteaux, ton bûcher, retomber sur la tète! Puisse le temps horrible où mon sang va couler, Sur ma cendre, sur toi, sur les tiens s'écrouler ! Périsse ta mémoire ! et s'il faut qu'elle dure, Qu'elle soit en horreur à toute la nature ! Qu'on abhorre ton nom! qu'on déteste tes dieux! Voilâmes vœux, mon culte et mes derniers adieux. Et toi, que l'on dit roi, toi, qui passes pour juste, Toi, dont un peuple entier chérit l'empire auguste, Et qui, du tribunal où les lois t'ont porté, Semblés tourner sur moi des yeux d'humanité, Plains-tu mon infortune en voulant mon supplice? Non, de mes assassins tu n'es pas le complice.

MÉRIONE, archonte, à Teuccr.

On ne peut faire grâce, et votre autorité Contre un usage antique, et partout respecté, Opposerait, seigneur, une force impuissante.

TEUCEU.

Que je livre au trépas sa jeunesse innocente !...

MÉRIONE.

ïl faut du sang au peuple, et vous le connaissez ; Ménagez ses abus, fussent-ils insensés.

La loi qui vous révolte est injuste peut-être ; Mais en Crète elle est sainte, et vous n'êtes pas maître De secouer un joug dont l'État est chargé. Tout pouvoir a sa borne et cède au préjugé.

TEUCER.

Quand il est trop barbare, il faut qu'on l'abolisse.

MÉRIONE.

Respectons plus Minos.

TEUCER.

Aimons plus la justice.

Et pourquoi dans Minos voulez-vous révérer Ce que dans Busiris on vous vit abhorrer ? Oui, j'estime en Minos le guerrier politique; Mais je déteste en lui le maître tyrannique. Il obtint dans la Crète un absolu pouvoir: [loir: Je suis moins roi que lui, mais je crois mieux va- En un mot, à mes yeux votre offrande est un crime.

(A Die lime.) Viens, suis-moi.

PHARES se lève, les sacrificateurs aussi, et descendent de Vestrade.

Qu'aux autels on traîne la victime.

TEUCER.

Vous osez !...

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