SCÈNE I
MARIAMNE, ÉLISE, gardes.
Éloignez-vous, soldats; daignez laisser du moins Votre reine un moment respirer sans témoins.
(Les gardes se retirent au coin du théâtre.) VoilàdoncJusteDieu, quelle est ma destinée! [née, La splendeur de mon sang, la pourpre où je suis Enfin ce qui semblait promettre cà mes beaux jours D'un bonheur assuré l'inaltérable cours; Tout cela n'a donc fait que verser sur ma vie Le funeste poison dont elle fut remplie ! 0 naissance ! ô jeunesse! et toi, triste beauté, Dont l'éclat dangereux enfla ma vanité, Flatteuse illusion dont je fus occupée, Vaine ombre de bonheur, que vous m'avez trompée! Sur ce trône coupable un éternel ennui M'acreuséle tombeau que l'on m'ouvre aujourd'hui. Dans les eaux du Jourdain j'ai vu périr mon frère; Mon époux à mes yeux a massacré mon père; Par ce cruel époux condamnée à périr, Ma vertu me restait, on ose la flétrir. [cence.
Grand Dieu ! dont les rigueurs éprouvent l'inno- Je ne demande point ton aide ou ta vengeance ; J'appris de mes aïeux, que je sais imiter, A voir la mort sans crainte et sans la mériter ; Je t'offre tout mon sang : défends au moins ma
[gloire; Commande à mes tyrans d'épargner ma mémoire; Que le mensonge impur n'ose plus m'outrager. Honorer la vertu, c'est assez la venger. Mais quel tumulte affreux ! quels cris ! quelles alar- Ce palais retentit du bruit confus des armes. [mes ! Hélas! j'en suis la cause, et l'on périt pour moi. On enfonce la porte. Ah ! qu'est-ce que je voi ?