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LES PELOPIDES, ACTE II, SCENE II

Quel miracle a fléchi le cœur de mes enfants?

POLEMON.

L'équité donl la voix triomphe avec le temps. Aveugle en son courroux, le violent Atrée Déjà de ce saint temple allait forcer l'entrée; Son courroux sacrilège oubliait ses serments, Il en avait l'exemple; et ses fiers combattants, Prompts à servir ses droits, à venger son outrage, Vers ces parvis sacrés lui frayaient un passage.

(A Érope.) Il venait (je ne puis vous dissimuler rien) Ravir sa propre épouse et reprendre son bien. Il le peut ; mais il doit respecter sa parole. Thyeste est alarmé, vers lui Thyeste vole; On combat, le sang coule; emportés, furieux, Les deux frères pour vous s'égorgeaient à mes yeux. Je m'avance, et ma main saisit leur main barbare: Je me livre à leurs coups; enfin je les sépare. Le sénat, qui me suit, seconde mes efforts : En attestant les lois nous marchons sur des morts. Le peuple, en contemplant ces juges vénérables, Ces images des dieux aux mortels favorables, Laisse tomber le fer à leur auguste aspect : Il a bientôt passé des fureurs au respect : Il conjure à grands cris la discorde farouche; Et le saint nom de paix vole de bouche en bouche.

HIPPODAMIE

Tu nous as tous sauvés.

POLEMON.

Il faut bien qu'une fois Le peuple en nos climats soit l'exemple des rois. Lorsqu'enfin la raison se fait partout entendre, Vos fils l'écouteront ; vous les verrez se rendre; Le sang et la nature, et leurs vrais intérêts, A leurs cœurs amollis parleront de plus près. Ils doivent accepter l'équitable partage Dont leur mère a tantôt reconnu l'avantage. La concorde aujourd'hui commence à se montrer ; Mais elle est chancelante ; il la faut assurer. Thyeste, en possédant la fertile Mycène, Pourra faire à son gré, dans Sparte ou dans Athène, Des filles des héros qui leur donnent des lois, Sans remords et sans crime un légitime choix. La veuve de Pélops, heureuse et triomphante, Voyant de tous côtés sa race florissante, N'aura plus qu'à bénir, au comble du bonheur, Le dieu qui de son sang est le premier auteur.

HIPPODAMIE

Je lui rends déjà grâce, et non moins à vous-même, Etvous,mafille,et vous que j'ai plainte et que j'aime, Unissez vos transports et vos remercîments; Aux dieux dont nous sortons offrez un pur encens. Qu'Hippodamie enfin, tranquille et rassurée, Remette Érope heureuse entre les mains d'Alrée; Qu'il pardonne à son frère.

ÉROPE

Ah! dieux!... et croyez vous Qu'il sache pardonner?

HIPPODAMIE

Dans ses transports jaloux, 11 sait que par Thyeste en tout temps respectée, 11 n'a point outragé la fille d'Euryslhée, Qu'au milieu de la guerre il prétendit en vain Au funeste bonheur de lui donner la main ; [duite, Qu'enfin 'par les dieux même à leurs autels con- Elle a, dans la retraite, évité sa poursuite.

EROPE.

Voilà cette retraite où je prétends cacher Ce qu'un remords affreux me pourrait reprocher. C'est là qu'aux pieds des dieux on nourrit mon enfan- C'estlà que je reviens implorer leur clémence, [ce; J'y veux vivre et mourir.

Vivez pour un époux; Cachez-vous pour Thyeste; il est perdu pour vous.

ÉROPE

Dieux qui me confondez, vous amenez Thyeste!

HIPPODAMIE

Fuyez-le.

ÉROPE

En est-il temps?. . . Mon sort est trop funeste.

(Elle sort,)

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