‹ Théâtre completChapitre 95 sur 1720 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

MARIAMNE, ÉLISE, NARBAS, gardes.

Ah ! Narbas, est-ce toi ?

Qu'as-tu fait de mes fils, et que devient ma mère?

NARBAS.

Le roi n'a point sur eux étendu sa colère; Unique et triste objet de ses transports jaloux, Dans ces extrémités ne craignez que pour vous. Le seul nom de Sohême augmente sa furie ; Si Sohême est vaincu, c'est fait de votre vie : Déjà même, déjà le barbare Zarès A marché vers ces lieux, chargé d'ordres secrets. Osez paraître, osez vous secourir vous-même ; Jetez-vous dans les bras d'un peuple qui vous aime : Faites voir Mariamne à ce peuple abattu ; Vos regards lui rendront son antique vertu. Appelons à grands cris nos Hébreux et nos prêtres, Tout Juda défendra le pur sang de ses maîtres; Madame, avec courage il faut vaincre ou périr. Daignez...

MARIAMNE

Le vrai courage est de savoir souffrir, Non d'aller exciter une foule rebelle A lever sur son prince une main criminelle. Je rougirais de moi, si, craignant mon malheur, Quelques vœux pour sa mort avaient surpris mon Sij'avaisunmomentsouhaité ma vengeance, [cœur; Et fondé sur sa perte un reste d'espérance. Narbas, en ce moment le ciel met dans mon sein Un désespoir plus noble, un plus digne dessein. Le roi, qui me soupçonne, enfin va me connaître. Au milieu du combat on me verra paraître : De Sohême et du roi j'arrêterai les coups; Je remettrai ma tête aux mains de mon époux.

Je fuyais ce matin sa vengeance cruelle; Ses crimes m'exilaient, son danger me rappelle. Ma gloire me l'ordonne, et, prompte à l'écouter, Je vais sauver au roi le jour qu'il veut m'ôter.

NARBAS.

Hélas! où courez-vous? dans quel désordre extrê-

MARIAMNE. [me?...

Je suis perdue, hélas ! c'est Hérode lui-même.

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