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DON PÈDRE, ACTE I, SCÈNE IV

Qu'implorerait de vous mon excusable audace. Puis-je la demander?

DON PÈDRE

N'ayez point la rigueur De douter d'un empire établi sur mon cœur. Votre couronnement d'un seul jour se diffère ; Il me faut ménager un sénat téméraire, Un peuple effarouché : mais ne redoutez rien. Parlez, qu'exigez-vous?

LÉONORE

Votre bonheur, le mien, Celui de la Castille; une paix nécessaire. Seigneur, vous le savez, la princesse ma mère M'a remise en vos mains dans un espoir si beau. Les ans et les chagrins l'approchent du tombeau. Je joins ici ma voix à sa voix expirante; [rante. Comme elle, en ces moments, la patrie est mou- La discorde en fureur en ces lieux alarmés Peut se calmer encor, seigneur, si vous m'aimez. Ne m'ouvrez point au trône un horrible passage Parmi des flots de sang, au milieu du carnage ; Et puissent vos sujets, bénissant votre loi, Par vous rendus heureux, vous aimer comme moi !

DON PÈDRE

Plus que vous ne pensez votre discours me touche. La raison, la vertu, parlent par votre bouche. Hélas ! vous êtes jeune, et vous ne savez pas Qu'un roi qui fait le bien ne fait que des ingrats. Allez, des factieux n'aiment jamais leur maître : Quoi qu'il puisse arriver, je le suis, je veux l'être; Ils subiront mes lois : mais daignez m'en donner; Vous pouvez tout sur moi ; que faut-il?

LÉONORE

Pardonner.

DON PÈDRE

A qui?

LÉONORE

Puis-je le dire?

Eh bien?

LÉONORE

A Transfamare.

DON PÈDRE

Quoi ! vous me prononcez le nom de ce barbare, Du criminel objet de mon juste courroux?

LÉONORE

Peut-être il est puni, puisque je suis à vous. Alfonse votre père à sa main m'a promise ; Il lui donna Valence, et vous l'avez conquise. Je lui portais pour dot d'assez vastes États : Il les espère encore et n'en jouira pas. Sire, je ne veux point que la France jalouse, Votre sénat, les grands, accusent votre épouse D'avoir immolé tout à son ambition Et de n'être en vos bras que par la trahison : De ces soupçons affreux la triste ignominie Empoisonnerait trop ma malheureuse vie.

DON PÈDRE

Ecoutez : je vous aime; et ce sacré lien,

En vous donnant à moi, joint votre honneur au Sachez qu'il n'est ici de perfide et de traître [mien. Que ce prince rebelle, et qui s'obstine à l'être. Trompé par une femme, et par l'âge affaibli, Mettant près du tombeau tous mes droits en oubli, Alfonse, mauvais roi, non moins que mauvais père (Car je parle sans feinte, et ma bouche est sincère), Alfonse, en égalant son bâtard à son fils, Nous fit imprudemment pour jamais ennemis. D'une province entière on faisait son partage; La moitié de mon trône était son héritage, [seur, Que dis-je? on vous donnait!... Plus juste posses- J'ai repris tous mes biens des mains du ravisseur. Le traître, avec Guesclin vaincu dans Navarette, Par une fausse paix réparant sa défaite, Attire à son parti nos peuples aveuglés. 11 impose au sénat, aux états assemblés; Faible dans les combats, puissant dans les intri- Artisan ténébreux de fraudes et de brigues, [gués, Il domine en secret dans mon propre palais. Il croit déjà régner. Ne me parlez jamais De ce dangereux fourbe et de ce téméraire Cessez.

LÉONORE

Je vous parlais, seigneur, de votre frère.

DON PÈDRE

Mon frère! Transtamare !... il doit n'être à vos yeux Qu'un opprobre nouveau du sang de nos aïeux, Un enfant d'adultère, un rejeton du crime : Et l'étrange intérêt qui pour lui vous anime Est un coup plus cruel à mon esprit blessé Que tous ses attentats qui m'ont trop offensé.

LÉONORE

De quoi vous plaignez-vous quand je le sacrifie, [vie, Quand, vous donnant mon cœur et hasardant ma Mon sort à vos destins s'abandonne aujourd'hui ? Ma tendresse pour vous et ma pitié pour lui A vos yeux irrités sont-elles une offense ? Je vous vois menacé des armes de la France : Les états, le sénat, unis contre vos* droits, Ont élevé déjà leurs redoutables voix.

M'est-il donc défendu de craindre un tel orage?

DON PÈDRE

Non, mais rassurez-vous du moins sur mon courage.

LÉONORE

Vous n'en avez que trop ; et, dans ces jours affreux, Ce courage, peut-être, est funeste à tous deux.

Rien n'est funeste aux rois que leur propre failéonore. [blesse.

Ainsi votre refus rebute ma tendresse : A peine l'hyménée est près de nous unir, Je vous déplais, seigneur, en voulant vous servir.

DON PÈDRE

Allez plaindre don Pèdre, et flatter Transtamare.

LÉONORE

Ah ! vous ne craignez point que mon esprit s'égare Jusqu'à le comparer à don Pèdre, à mon roi. [moi : Je vous parlais pour vous, pour l'Espagne et pour

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