‹ Théâtre completChapitre 992 sur 1720 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

DON PÉDRE, MENDOSE, ALVARE.

ALVARE

Le sénat castillan vous demande, seigneur.

DON PÈDRE

11 me demande? moi!

ALVARE

Nous attendons l'honneur De vous voir présider à l'auguste assemblée Par qui l'Espagne enfin se verra mieux réglée. Le prince votre frère a déjà préparé L'édit qui sous vos yeux doit être déclaré.

DON PÈDRE

Qui? mon frère!

ALVARE

Au sénat que faut-il que j'annonce?

DON PÈDRE

Je suis son roi. Sortez... et voilà ma réponse.

ALVARE

Vous apprendrez la leur.

DON PÈDRE, MENDOSE, MONCADE, suite.

DON PÈDRE, à sa suite.

Eh bien ! vous le voyez, Les ordres de mes rois me sont signifiés; Transtamare les signe ; il commande, il est maître. On me traite en sujet! je serais fait pour l'être, Pour servir enchaîné, si le même moment Qui voit de tels affronts ne voit leur châtiment.

(A Moncade.) Chef de ma garde ! à moi... Je connais ton audace. Serviras-tu ton roi, qu'on trahit, qu'on menace, Qu'on ose mépriser?

MONCADE

Comme vous j'en rougis :

Mon cœur est indigné. Commandez, j'obéis.

DON PÈDRE

Ne ménageons plus rien. Fais saisir Transtamare, Et le perfide Almède, et l'insolent Alvare : Tu seras soutenu. Mes valeureux soldats Aux portes de Tolède avancent à grands pas.

Étonnons par ce coup ces graves téméraires

Qui détruisent l'Espagne, et s'en disent les pères.

Leur siège est-il un temple ; et, grâce aux préjugés,

Est-ce le Capitole où les rois sont jugés?

Nous verrons aujourd'hui leur audace abaissée.

Va, d'autres intérêts occupent ma pensée.

Exécute mon ordre au milieu du sénat

Où le traître à présent règne avec tant d'éclat.

MONCADE

Cette entreprise est juste aussi bien que hardie; Et je vais l'accomplir au péril de ma sie. Mais craignez de vous perdre.

DON PÈDRE

A ce point confondu, Si je ne risque tout, crois-moi, tout est perdu.

MENDOSE.

Arrêtez un moment... daignez songer encore Que vous bravez des lois qu'à Tolède on adore.

DON PÈDRE

Moi! je respecterais ces gothiques ramas De privilèges vains que je ne connais pas, Éternels aliments de troubles, de scandales, Que l'on ose appeler nos lois fondamentales; Ces tyrans féodaux, ces barons sourcilleux, Sous leurs rustiques toits indigents orgueilleux ; Tous ces nobles nouveaux, ce sénat anarchique, Érigeant la licence en liberté publique; Ces États désunis dans leurs vastes projets, Sous les débris du trône écrasant les sujets! Ils aiment Transtamare, ils flattent son audace, Ils voudraient l'opprimer s'il régnait en ma place. Je les punirai tous. Les armes d'un sénat N'ont pas beaucoup de force en un jour de combat.

MENDOSE.

Souvent le fanatisme inspire un grand courage.

DON PÈDRE

Ah! l'honneur et l'amour en donnent davantage.

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