‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 11 sur 192 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DONGARCfA, en pourpoint, lisant un papier. TRISTAN et CAMINO.

DON GARCIA, il lit. « La gravité de la circonstance me force à sortir de la règle que m'impose ma condition. Votre Gr&ce saura tout cette nuit à un balcon que lui indiquera le porteur, avec d'autres choses qui ne se peuvent écrire. Que Notre-Seigneur vous garde, etc. » (Parlé.) Qui m'écrit ce billet? CAMiiVO. Doiia Lucrecia de Luna.

DON GARCIA, à part. Saus doute l'ange qui vit dans mon cœur. (Haut.) ]S'est-ce pas une belle dame qui, aujourd'hui, avant raidi, se promenait dans la Plateria ?

CAMiNO. Oui, Seigneur.

DON GARCIA. Heurcusc destinée ! Par ma vie ! renseignezmoi sur celte dame.

CAMINO. Je m'élonne fort que sa renommée ne soit pas venue jusqu'à vous. Puisque vous l'avez vue, je m'abstiens de dire qu'elle est belle : elle est spirituelle et vertueuse ; son* père est veuf et âgé. Elle héritera de deux mille ducats de rente» , DON GARCIA. Tu cntcnds, Tristan?

TRISTAN. J'entends, et cela ne me fâche point. CAMINO. Quant à être bien née, il n'y a qu'à dire son nom : son père est Luna, sa mère fut une Mendoza, aussi purs qu'un corail. Dona Lucrecia mérite en efifet un roi pour mari.

52 LA VÉPiïTÉ SUSPECTE

DON GARCIA. Amouf, je le demande les ailes pour m'élever jusqu'à un tel objel ! Où habile-t-elle ?

GAMiNO. A la Viloria.

DON GARCIA. Mon bonheui' est cerlain. Dites-moi si c'esl vous qui me guiderez vers ce ciel si plein de gloire?

CAMiNO. Je pense à vous servir tous deux.

DON GARCIA. Je VOUS en serai reconnaissant.

GAMiNO. Je reviendrai ce soir pour vous chercher, quand sonneront dix heures.

DON GARCIA. Portcz cellc réponse à Lucrecia,

cAMiNO. Reposez-en Dieu !

Il sort.

Page 1