SCÈNE V DO^A. ANA, Les Mêmes
DOiÏA ANA.
Un juste roi doit aux peines souffertes Tenir sa porte et son oreille ouvertes, noi catholique, roi sage et {»*ndent Vengeur du crime , et défenseur ardent
* Ce morceau est, comme dans rorigiiial, en vers de dix syllabes.
ACQUÉam DES AMrS 253
De notre liooneiir, toi qui ferme et sévère Fais respecter la loi que Ton révère.
Je suis. Seigneur, done Ana de Léon. Mon blason porte une bande, un lion.
Frêle rameau de cet arbre funeste Que foudroya la colère céleste, Fernand de Castre, un héros castillan^ Terreur du Turc et du Maure vaillant Me donna Tètre et me fit orpheline, Me confiant à la bonté divine.
Trop jeune alors pour savoir gouverner Un cœur hélas I prêt à s^abandonner. 4 'ignore encor quelle étoile fatale Fit naître en moi la pensée infernale De demander au Marquis son soutien Et cet Atlas d'un royaume chrétien Vint pour me perdre et non pour m'aider, sire ! Je rappelai, lui-même U peut le dire^ Pour un sujet qui m'était étranger ; Gomment aurai-je entrevu le danger.
Qu'il méditait mon déshonneur, Tinfàme 1 II prit congé, cachant au fond de Pâme Son noir dessein , avec art apprêté Par un valet de son or acheté.
Quand brille au jour la rigoureuse épée, Dans tant de sang par votre main trempée.
Qu'il la rougit de la pointe au pommeau, I>e mon honneur Je vois-là le bourreau Et, vous présent, sur sa coupabl tète Le châtiinent du crime qui s'arrête.
Déjà la nuit , couvrant la trahison, D'un lourd sommeil me versait le poison
Quand le marquis ouvrit ma chaste porte Contre le choc de son or trop peu fort(?.
Ceux des valets qui ne sont pas vendus Il les menace, et tous fuient éperdus.
Jusqu'à mon lit il se glisse dans Tombre»
Que ne fut-il mon tombeau ce lit sombre, Un marbre froid laissant lire au passant Mon triste nom écrit avec du sang l Je me sentis dans ses bras enlacée.
Tout aussitôt par la frayeur glacée Pleine de doute et de confusion Je demandai secours, protection.
Personne, hélas I à ma voix ne se lève, Le Marquis seul d'une voix basse et brève Me dit : « Je suis don Fadrique » et voyant Qu'à luj je veux me soustraire en fuyant.
Il me retient par la force et m'outrage.
Pour désarmer son impudique rage J'essaie en vain la menace et les pleurs, J'invoque en vain vos royales rigueurs.
Dernier appel de ma pudeur mourante.
Ni les tourments d'une femme expirante Ni sa fureur, ni ses pleurs, ni ses cris.
Ne peuvent rien non plus que ses mépris.
Mon faible corps cède à la violence ; Ma voix se meurt trompant ma vigilance, Et s'il m'en faut dire plus à présent , Seigneur, ma honte parle en se taisant.
Ce vil Marquis dans la nuit m'abandonne.
Mes doigts crispés ne saisissant personne.
Je reste seule à pleurer mes malheurs, Blasphémant Dieu, demandant des vengeurs.
Sire, à vos pieds, je viens crier : justice ! Qu*en votre cœur d'autant plus retentisse Ce triste appel que le crime est plus grand, Et Toffenseur plus noble et plus puissant Sire, le ciel frappe et réduit en poudre Les hauts rochers que préfère la foudre; De votre fer faites jaillir les feux Sur ce géant envahisseur des cieux ; Il méprisa votre justice austère»
Elle suflQt pour en purger la terre.
LE MARQUIS
Par les lauriers dont votre front Est couronné » je juré, sire, Que tout ce qu'elle vient de dire Est faux de tout point...
DOf^A ANA.
Mon affront Avec son titre est en balance!
L£ ROI
Ra88urez-vous> car mon pouvoir Se fonde ici sur le devoir Et rien n*endort ma vigilance.
Holà 1 ma garde !
LE MARQUIS
Groyez-moi, Sire...
LE ROI
Marquis, on vous accuse Aux juges portez votre excuse.
262 AGOUÉRIR DES AMIS