SCÈNE XIX
Les Mêmes, moins FINÉO.
DON FERNANDO. Amjs, puisquo le ciel a voulu, en sa pitié si généreuse, que les effets répondissent à nos intentions, il convient que nous nous consultions et que nous arrêtions à Finstant le moyen de conserver celte précieuse liberté. Et quoiqu'il nous semble que nous soyions ici en sûreté, parce que les maisons des ambassadeurs jouissent d'exemptions notoires, quelquefois pourtant, par raison d'État, quand la sûreté l'exige, ils consentent eux-mêmes à ce que leurs privilèges soient violés. Gela peut d'autant mieux arriver que mon adversaire étant le favori du roi, l'ambassadeur cherchera à se le rendre le "plus favorable possible. Pour cela donc, et voyant que cet asile n'est pour nous qu'une prison pénible puisqu'elle gêne notre liberté, mon avis est que nous partions
lOD8 ensemble de Ségovie où Ton parlera de dos exploits. Noos sommes nombreux, mais plus nombreux encore sont ceux qui, tremblant pour les suites de leurs délits, se disposent à nous suivre. Dés prisons voisines, ou par force ou par adresse, nous ferons sortir les criminels, et de tous ces gens nous formerons une armée qiii puisse terrifier nos ennemis et nous donner sûreté. En occupant les âpres défilés de celle montagne, leurs roches inexpugnables nous serviront de murs et de tours. Nous dépouillerons les voyageurs, et Bons enlèverons aux petits villages leur argent, leurs provisions et leurs joyaux. Les offensés pourront enfin se venger ; est certain que le temps nous en donnera Toccasion et que uotre force nous assurera la victoire*
GAMÂCHO. Je suis de cet avis.
CORNE jo. Qui ne vous suivrait pas?
JARAMiLLO. Nous pousous tous de même.
CBicHON. Bon I vive Dieu I ils jettent le manche après la cognée! Ghichon, c'est le chemin de la potence.
DOR FERNANDO. Et VOUS, scignour Garceran, que ditesvous?
GARCERAN. Quc j*ai d'autros desseins, car je ne suis pas eocore en possession de ma liberté et je vis prisonnier du caprice d'une femme : puisque votre cœur n'ignore pas le dur empire de l'amour, je ne doute pas que vous ne reconnaissiez quec'estlàune cause suffisante ; mais, si ma personne ne vous suit pas, croyez que mon âme, qui confesse qu'elle vous doit la vie, se souviendra élerneliemenl de sa dette et que si je le pois je vous le prouverai un jour par mes actions.
DON FERNANDO. Je me fie à votre sang.
6ARCERAN. Quo VOS bras valeureux obtiennent autant de bonheur que le mérite votre courage.
U sort.