‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 32 sur 192 · DON BELTRAN, DON GARCIA, TRISTAN · texte numérisé non relu

DON BELTRAN, DON GARCIA, TRISTAN

DON BELTRAN. Mou Dicu 1 est-il posslble que la nature de ce jeune fou ne m'épargne pas moi-même l Quoi il me mentait pendant que je lui reprochais sa conduite ? Et que je Taie cru À vite, en une aussi grave matière, connaissant sa réputation 7 Mais qui aurait pu penser qu'il mentirait à l'instant même où

je le blâmais de ce vice ! quel juge pourrait s'attendre à être volé par le larron dont il va prononcer la sentence ? TRISTAN, à don Garcia. \ou8 détcrminez-vous à l*aborden

DON GARCIA. OUÎ THstaU.

TRISTAN. Dieu vous assiste l

DON GARCIA. Père...

DON BELTRAN. Ne m'apcllo pas ton père; infâme; appellemoi ton ennemi. Celui qui ne me ressemble en rien n'est pas de mon sang, 6te toi de mes yeux. Par Dieu, si je ne considérais...

TRISTAN, % part à Garcia. Le flot monte jusqu'aux DUCS. Attendez une meilleure occasion.

DON BELTRAN. Ciel! qucl cst cc Châtiment? Est-il possible qu'à un homme qui aime comme moi la vérité, vous ayez donné un fils de nature si opposée ? Est-il possible que celui qui garde son honneur comme je le fais, ait engendré un fils d'inclinations si basses; que vous m'ayez enlevé dans sa fleur mon Gabriel, Thonneur et la vie de mon sang et de ma vieillesse ? Ces choses, si on ne les considérait pas en chrétien...

DON GARCIA, à part. Qu'csl-Ce là ?

TRISTAN, bas à son maitre. Quittez la place. Qu'attendezvous?

DON BELRTAN. Laissc-Dous sculs, THstau. Mon, reviens, ne Ven vas pas; peut-être la honte de voir son infamie dévoilée devant toi, pourra-t-elle plus sur lui que le respect de mes cheveux blancs. Et quand celte honte ne le contraindrait pas à corriger ses fautes, leur divulgation du moins lui servira de châtiment Dis^ malheureux, quelle fin te proposes-tu? dis, Insensé, que te revient-il de mentir ainsi sans pudeur? Et si tn obéis ainsi pour les autres à ton inclination» pourquoi ne te contiens-tu pas auprès de moi ? Dans quel but as lu feint ce mariage de Salamanque si ce n'est pour 6ter tout crédit à mes

paroles ? Comment oserai-je revoir ceux â qui j'ai annoncé que tu avais épousé dona Sancba de Herrera, puisque sachant que cette doîia Sancha n'a jamais existé, ils me croiront complice de Ion mensonge ? Comment me laverai -je de cette tache, puisque le mieux qui puisse arriver si je veux m'en défaire c'est de la rejeter sur mon fils; et en proclamant que lu en fus la cause, il me faut publier moi-même ton infamie ? Si quelque souci d'amour t'obligeait à me tromper, quel ennemi craignais-tu, quel poignard était levé sur loi? Tu n'avais à redouter qu'un père, qui est ton père enfin 1 ce nom seul suffit pour Rapprendre que les prières l'auraient attendri. Ce vieillard fut Jeune aussi et il connaît la puissance de l'amour sur un jeune cœur!

DON GARCIA. Si tu counals cette puissance, elle sera mon excuse ; qu'elle m'aide à obtenir de toi mon pardon. J'ai cru que c'était montrer peu de respect que de ne pas l'obéir quand je le pouvais, c'est ce qui m'a poussé à te tromper. Ce fut une erreur, non, un délit ; ce ne fut pas une faute mais un effet de mon ignorance ; la cause ce fut l'amour, et toi, mon père, tu as dit toi même que cela suffît Et puisque tu as connu le mal, sache la cause du mal par la bouche de celle-là même qui l'a causé. Dona Lucrecia la fille de don Juan de Luna est l'âme de ma vie ; c'est une femme bien née, héritière de sa maison ; pour qu'elle comble mon bonheur en me donnant sa belle main, il manque seulement ton consentement et le démenti de ce faux bruit de mon prétendu mariage.

DON BELTRAN. Nou, uou, Jésus! tais-toi ) Veux-tu me tromper encore? C'en est assez. Si lu disais que voici une lumière i je croirais encore que tu me trompes.

DON GARCIA. Nou, seigueur. Les actions sont la vérité pure, et Tristan en qui vous avez confiance témoignera pour moi.

TRISTAN. Oui seigneur, vous dites la vérité.

DON BELTRAN. Ne rougîs-tu pas de cela? Dis, u'as-tu pas hOQte d'en être réduit à invoquer le témoignage de ton valet 7 C'est bien ; je vais parler à don Juan de Luna et le ciel fasse qall te donne à Lucrecia ; tu es un tel homme que c'est elle qui sera trompée. Mais d'abord je dois prendre mes informations à Salanianque; je crains d'avance qu'en me disant que tu m'as abusé, tu ne m'abuses encore. Quoique je susse la vérité avant de t'avoir vu, tu me Tas rendue suspecte rien qu'en la disant

Ubotu

DOjr GARCIA. Cela s'est Inen passé 1

TRISTAN. Comment bien ? J'ai cru un instant qu'on allait éprouver sur vous ces prières hébraïques avec lesquelles on guérit les bras coupés.

Ils lortMU

Une salle donnant sur un jardin chez don Juan de Luna. Il fait nuit La salle est éclairée.

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