‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 74 sur 192 · SCÈNE X LE MARQUIS, RIGARDO, LEONOR, MENCIA · texte numérisé non relu

SCÈNE X LE MARQUIS, RIGARDO, LEONOR, MENCIA

LE MARQUIS. Belle Leonor...

LEONOR. Si Voire Seigneurie sait que ma tante n'est pas à la maison, il aurait été juste de ne pas lui donner ce chagrin, et si vous l'ignoriez, à présent que vous lesavez, vous voudrez bien m'éviler une querelle avec ma tante qui pourrait m'attribuer la faute.

LE MARQUIS. Si VOUS consentczà m'écoutcr...

LEONOR. Que Voli'e Seigneurie me pardonne, qu'elle veuille bien remettre à une autre occasion ce qu'elle venait me dire et qu'elle excuse ma prudence impolie.

LE MARQUIS. Jc suis entré en solliciteur et c'est une querelle qu'on me fait, Leonor? Quand On mendie une faveur, on peut bien se voir repoussé. Vous avez confessé, senora, que me renvoyer est une action impolie, je confesse à mon tour le tort que j'ai de ne vous pas obéir. Tort pour tort ; nous sommes quittes; si la sagesse vous fait agir, moi j'obéis à l'amoar.

LEONOR. M'aimer, c'est me donner du chagrin.

CHANGEU POUR TUOLVEIV MIEUX 167

HENGiA. Pour Dieu , )aisse2-le dire, et perdez voire temps à l'écouter au lieu de le perdre à disputer.

LEONOR. Parlez donc, pourvu que vous abrégiez. LE MARQUIS. Je dirai seulement que je vous offre cette main, si je mérite que vous deveniez ma femme.

LEONOR. Qu'enlends-je ?

LE MARQUIS. Jo n'en dis pas davantage ; je désire vous obéir, et dans ce que j'ai dit je croîs que tout est compris. A quoi songez-voug ? Vous ne répondez pas ?

LEONOR. Seigneur marquis, dans un cas si important, ne vous étonnez pas de l'hésitation que vous voyez; ce n'est pas sans raison que je résiste à votre désir, car le passé me fait douter de l'avenir. Si votre intention était de m'élever jusqu'à vous, pourquoi tant de mystère pour me parler de cela en l'absence de ma tante ; n'était-ce pas pourtant la médiatrice naturelle, puisque tant d'honneur m'était réservé ? Pour cette raison, je ne crois pas au bonheur qui m'arrlve; et ce que je soupçonne a plus d'empire sur moi que ce que je vois. LE MARQUIS. Vos doutcs Seraient sages, vos soupçons seraient justessi c'élaient K'ides promesses et non des actions. Si je vous épouse que craignez-vous? que pouvez- vous soupçonner quand votre main louche la vérité! si je vous ai courtisée comme amant c'clait pour vous conquérir par Tarnour plutôt que par un accorJ, ce n'esl pas faute de l'avoir désiré que la première fois qwe je vous vis, j'hésitai • h vous demander votre main^ Oubliez donc de vains soupçons puisqu'en vous épousant je prouve la vérité de mes paroles.

LEONOR. Puisque je les accepte d'un cœur reconnaissant

ne donnez pas à une si belle action l'apparence d'une faute.

Traitez cette affaire avec doua Clara; les actions honnêtes ne

fuienl pas la lumière du jour.

L£ MARQUIS. J'irai de ce pas la chercher, outre que cela est

li jnste, vos caprices sont des lois pour mon amour. Mais vous, ne me donnez-vous pas un oui ?

MEifciA. Il a raison.

LEONOR. Je répète, marquis» que vous devez parler à ma tante.

LE MARQUIS. Que je sache votre volonté. Dites-la moi, mon bien, si toulefois cela ne vous déplaît pas.

LEONOR. Les femmes de ma qualité n'en disent pas davantage ; ainsi allez avec Dieu. Ne prétons pas à la médisance, si quelque voisin vous a vu entrer.

LE MARQUIS. Mou houneur est à nous deux ; mais pour obtenir plus vite le souverain bonheur de mettre votre blanche main dans la mienne, je veux partir tout de suite. Où trouverais-je dona Clara?

RicARDo. Un de ses gens m'a dit qu'elle était à San-Sebastian.

LE MARQUIS. Adicu douc, mou cher trésor.

RICARDO. Seigneur^ voici la chaise de dona Clara.

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