‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 76 sur 192 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

LEONOR, MENCFA, DON GARCIA, caché dans la chaise.

MENGiA. Gomme cela s'est bien passé !

LEONOR. Le ciel a sauvé mon bonnear, Mencia.

HERciA. Vienne maintenant don Garcia, et qa'il joue son rôle de jaloux.

Don Garcia sort de la chaise.

non GARCIA. Dites-moi, belle Leonor, pourquoi ces deux hommes courent-ils si vite à San -Sébastian ?

LEONOR. Le marquis va demander ma main à doiia Clara.

DON GARCIA. Que ditcs-vous ?

LEONOR. Qu'il serait convenable de vous excuser auprès de moi de cette arrivée subite, puisque j'avais envoyé Redondo vous supplier d'atlendre quelques instants.

DON GARCIA. Je suis désolé dans rame de vous avoir déplu, mais voyant cher trésor, que le marquis tardait tant, je n'ai pu y lenir: c'est une faute d'amoureux et de jaloux; mais puisqu'il y a eu seulement péril et non esclandre, parlons de l'importance de celte afliiire. Le temps est courte l'occasion nous presse ; tenez, belle Leonor, la parole que vous m'avez engagée. Donnez-moi la main et entrez dans cette chaise. Vous hésitez maintenant? maintenant vous reculez ?

LEosoR* Pardonnez ; vous avez perdu l'occasion de m'obtenir.

DON GARCIA. Comment, cruelle, avez-vous si vite changé ?

LEOsoR. Pour trouver mieux.

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MKNCU, à pari. Elle le paie avec ta monnaie.

DON GARCIA. Ne suffit-il pas de me dédaigner, ingrate, sans m*oulrager encore en me préfmnt le marquis?

LEONOR. Quoique vous soyez aussi bon genfllhomme nierezvous la difTérence d'un grand bien à une petite fortune et dO; titre de Grâce à celui de Seigneurie?

DON GARCIA. Je uo la nie pas ; mais comment avez-vous réalisé voire promesse si pour trouver mieux vous l'avez lenueE à un autre? Comment me gardais-tu ta parole et ta consUoce si c'est moi seul que tu aimais quand tu ne songeais pas i trouver mieux? Celle-là seule est constante qui ne chercbfl pas l'occasion de s*élever davantage.

LEONOR. J'avoue, don Garcia, qu'elle est constante mais elle est simple.

MENGiA, à pan. Toujours sa monnaie.

DON GARCIA. Votre beauté était la vie et la mort de dmm espérance; récompensez ma délicatesse^ ne punissez pas moi inconstance, ne trompez pas la confiance que j'avais placée dans ce ciel.

LEONOR. Ne croyez pas, don Garcia, que lorsque je paril ainsi,je châtie votre inconstance; j'avoue d'abord la mieocc. Deux ans vous fûtes l'amant de dona Clara et je vous vis en un instant oublier pour moi ces deux années d'amour $ ne voos étonnez donc pas, si après cela, j'oublie aujourd'hui pour le marquis votre passion née d'hier; et puis on éteint si facilement une étincelle qui n'a pas donné de flamme. J'ai d'ailleurs, don Garcia, des raisons plus sérieuses ; si je vois iiae amélioration dans la position que m'oiïre le marquis j'aperçois avec vous des obstacles ; vous êtes l'amant de ma tante, elle fit mal en vous donnant son affection. Mon changement n'est* pas une faute, i) mérite des éloges, au contraire ; le cliangement est une vertu là où l'amour serait un crime.

DON GARCIA. Entendre de telles choses I

LEONOR. Telle est ma résolution. Maintenant, allez ntt Hen^ allez vite, car le marquis va venir.

DON GARCIA. Plaise à Dieu, qu'avant de lai donner cette »elle main que vous rabotez, avant quMl ne vienne combler 'Dire espérance, vous pleuriez à cause de lui la légèreté que e pleure à cause de vous, ennemie ! Plaise à Dieu qu^avant le vous voir mariée vous changiez encore et reveniez à moi ! Pourquoi vous réjouissez-vous de ma mort? Pourquoi immoler ^olre préférence? Songez qu'il est injuste, si vous avez de l'affection pour moi, d^acheter au prix de l'ambition un déplaisir Hemel. Que votre propre malheur vous touche ; un époux Qui n^est pas votre égal vous méprisera, tandis qu'un autre vous eut estimée. L'aveugle ambition vous pousse et vous trompe par Tappât d'un titre ; mariée à quelqu'un que vous n*aimez pas on vous appellera Seigneurie, mais vous serez malheureuse. J'accorde que vous l'aimiez, il vous traitera comme un maître ; vous aurez un titre et non pas un mari. Vous vivrez séparés. Votre logis le verra peu et il y viendra si lard qu'il tyrannisera votre sommeil.

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