‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 9 sur 192 · SCÈNE X JAGINT \, ISABEL · texte numérisé non relu

SCÈNE X JAGINT \, ISABEL

isABEL. Ce vieillard vous presse bien.

jAGWTA. J'irais rad-raêrne au-devant de ses vœux, puÎ8q« cette affaire importe tant à mon honneur, si'Tamour ne me éonoait un autre conseil. Quoique les empêchements qœ je pi'évois, puisque don Juan attend toujours rhafoit(l), me forcent à^dmettred^'utres prétendants, comme je n'ai pas rompu avec lui malgré mon désir et que je Taime encore, je tremble Isabel, ^and je- crois qu'un autre va devenir mon mari,

ISÂSEL. J'ai pensé que vous oubliiez déji don Juan, voyant que vous admettiez d'autres = hommages.

jAciifTA. C'est la faute des circonstances : tu ne le trompais pas. Comme il attend l'habit depuis s ilongtemps et quô s'il ne l'obtient pas il ne peut-être mon mari, je regai'de ce projet comme abandonné. Ainsi pour n'en pas mourir je veux causer et me divertir puisque je me tourmente en vain ; je ne suis pas d*avis de m'opiniâtrer dans une pensée impossible. Peut être par aventure rencontrcrai-je quelqu'un qui mérite que je lui donne ma main et mon âme.

ISABEL. Je ne doute pas qu'avec le temps il ne se présente un cœur digne de vous ; et si je ne me trompe, aujourd'hui le galant indien ne vous a pas déplu.

JAciKTA. Amie, veux-tu que je te dise vrai ? Il m'a paru très-bien, tellement bien, que je te promets que si le fils de donBeltran était aussi spirituel, aussi gentilhomme et galant, je l'épouserais volontiers.

ISABEL. Ce soir vous le verrez avec son père*

(1) L*habit de chevalier de Ca!alraya.

hS LA VÉRITÉ SUSPECTE

JAGINTA. Je verrai seulement ses traits et sa tournure. Son àme^ ce qui incporte le plus, il faudrait lui parler pour la connaître.

isABEL. Parlez-lui.

jAciNTA. Don Juan s'offensera s'il vient à en être instruit, et je ne me résigne pas à le perdre avant de savoir si je dois être réponse d'un autre.

ISABEL. Trouvez un moyen et songez que le temps presse et qu'il vous faut prendre une résolution. Don Juan joue ici le rôle du Chien du jardinier. Sans que don Juan rapprenne, vous pouvez si vous le voulez, parler au fils de don Beltran; la ruse fleurit chez la femme comme dans son centre naturel

JAGINTA. J'imagine un moyen qui pourrait être utile pour le cas. Lucrecia est mon amie. Elle peut faire appeler don Garcia; je serai secrètement auprès d'elle à son balcon, et j'arriverai à mon but.

ISABEL. Votre esprit pouvait seul inventer ce moyen merveilleux.

JAGINTA. Pars sur l'heure et dis mon projet à Lucrecia, Isabel.

ISABEL. J'y cours sur les ailes de vent.

JAGINTA. Je ne lui donne qu'un moment, et ce moment est un siècle.

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