ACTE PREMIER
DOMINIQNK
Je suis chargée de te redemander ta main»
▲NTOINBTTB
Il est fou.
DOMINIQUE
Pour que j'aie consenti à plaider sa cause, il faut qu'il m'ait paru sincère, tu comprends.
Il a de Taplomb... Au fait, je ne suis pas si étonnée que ça, puisque sa maîtresse ne veut plus de lui.
DOMINIQUE
Raymond n*a jamais cessé de t'aimer.
ANTOINETTE
Je connais le refrain.
DOMINIQUE
Je te jure que je le pense.
ANTOINETTE
Quand on aime une femme, on ne vit pas pendant cinq ans avec une autre.
Un silence,
DOMINIQUE
Tu as un .enfant.
ANTOINETTE
Hélène n'a que six ans. Son avenir est encore loin.
[DOMINIQUE
Tu as cependant refusé de divorcer à cause d'elle.,*
j*ai été stupîdè. Ces ohoses-Ià liVnt plus d'importance aujourd'hui.
I DOMINIQUE • f M
Un peu, tout de même.
ANTOINETTE: ,
Est-ce que tu crois que les folies de son père ne lui' feront pas autant de tort qu'un divorce ?
DOMir^lQUE , I ,
En commettait ces folies, Raymond n'en a pas, pesé , les conséquences, car \\ adore cette petite, tu ne peux le nier.
ANTOINETTE i ,
N'empêche qu'il est resté deux ans sans s'inquiéter d'elle.
DOMINIQUE
Mais, depuis trois ans, il ne perd aucune occasion de la voir. • , . ,'
ANTOINETTE
Ne parions plus de ça, veux- tu ?
DOMINIQUE
Alors^ sérieusement, il ne faut pas que je continue ?...
ANTOINETTE, gravement.
Quand Raymond est parti, j'ai eu dés jours tVès durs. A présent, je sais vivre seule. Je n'ai pas envie de renoncer^ ma. liberté. ,. , i '.
DOMINIQUE
Quel amour de l'indépendance! Je nv te reconnais pas.- ' '
AGTB PitEMIER 335
AA'^OINBTTB
les'erai donc toujours une petite fille pour toi?
DOMINIQUE
n me sem^e pourtant que tu as grandi tout à coup.
ANTOINETTE
Tu trouves?
DOMINIQUE
Il y a quelque cho^ de nouveau dans ta ^\e, u'estce pas? .
ANTOINETTE
Rien, je t'assure.
DOMINIQUE
Jadis, tu ne mentais pas avec moi.
ANTOINETTE
. On .change quelquefois plus en trois m^^ qu'ei> plu- . sieurs années. , .
DOMINIQUE
Si je ne te tenais pas pour la plus, raisonnable dçs femmes, je jurerais que tu aimes quelqu'un,.
Tiens, je. ne parviendrais pas à te le cacher; autant té l'avouer tout de suite.
DOMINIQUE, vivement.
Toi aussi? Ah! ma pauvre petite, je te plains. Tu ifo sais pas ce qui t'attend.
r.- -, : . , < ' ANTOINBTTl . ^ . '
Je n'ai pas peur. ii
DOMINIQUE
Tu peux te préparer à. souffrir, et, cette fois, d'une souffrance que tu ne soupçonnes pas.
ANTOINETTE
Il y a des amours heureuses.
DOMINIQUE
Je ne connais pas celui que tu aimes. C'est probablement ce qu'on appelle un galant homme. Mais, si loyal, si délicat qu'il puisse être, il doit ressembler aux autres. Le plus chevaleresque est encore une canaille,
ANTOINETTE
Voilà des paroles bien exagérées.
DOMINIQUE
Tu as raison, ma sortie est ridicule. Je dis des choses amères et banales, comme les vieilles gens qui ont de l'expérience . Entre nous, j'ai vu pas mal de désastres autour de moi.
Les chagrins des autres ne donnent pas toujours autant d'anîertume.
DOMINIQUE, brusquement
Eh! mon Dieu, j'ai peut-être eu un amant autrefoist . et j'ai peut-être été trompée.
ANTOINETTE
Toi?
DOMINIQUE
Oui, moi. n y a longtemps; sache-le, si cela peut te servir.