‹ Théâtre d'amourChapitre 37 sur 232 · SCENE TROISIEME · texte numérisé non relu

SCENE TROISIEME

VANINA

Je sùis*eUe, prends ^nrde.

Quelquefois en passant Véronèse regarde Ce visage semblable aux portraits anciens.

RENATO

Un peintre I

VANINA

Les bourgeois et les patriciens S'arrêtent tout à coup, lorsque je monte en barque.

RENATO

Que d'orgueil poiur im peu de jambe qu'on remarque!

Je plais aux sénateurs.

RENATO

En voyant ta douceur, Hs songent à leur mère, ils songent à leur sœur.

VANINA

Ils songent à Vénus.

RENATO

Paroles de jactance.

VANINA

Ne pars pas, ami cher, tu vas perdre à distance; En amour, en peinture, on juge mieux de loin.

RBNATO.

C'est vrai.

VANINA

J'entends souvent la guitare à ce coin. Le soir, quand Renato, fier d'un succès facile. Soumet les vers qu'il fait à *Qn maître imbécile. Je me distrais.

86 t'iNFIDÉLl

REKA.TO

Tànl^mieux.

tJn page/beau garçon, Sous ma fenêtre, ici, mumtite une chanson, Qui monte jusqu'à moi, roulée en arabesqii6> Pareille au liseron de ce balcoh mauresque.

RENATO

Tù Veux me retenir, conteuse de romans.

yanina:

Àtlfend&, el tii Verras.

RENATO

Je peux partir, tu mens.

YANINA, désignant sa maison.

Porte sur la lagune et porte sur la place. Maisoii à double ëéuil, maîtresse à double face.

REKÀTO.

J'ai confiance en toi.

TÀktïîÂ.

Vôrfe dix heures parfois L'homme s'aposte là.

RENATO

Je i^e Viens dans six mois; Qu'il pleure sa complainte.

VANINA

Oh ! la complainte estlesle.

Moins vive est la chanson qu'un jeune écolier d'Esté, L'an passé, disait là> debout dans Bon bateau*

àÈNÀTO.

Ton ménestrel, c'est lui peut-être?

SGËNtt fftOt^lftlfl 87

YÀKillÀ.

Un grand couteau Liui pend à la ceinturé, 6t je tremble.

kisKÂTO.

Misère t Va-t'eitt faire dodo, mignen, sous ton rosaire. Tout prés du bénitief , voisin des saints rameaux ; St que le doux Jésus daigne apaiser tes maux. Sois au Nazaréen qui souffrit sur la terre. Je te pardonnerai ce divin adultère.

Bonne nuit.

VANINA

Réfléchis.

RENATO

Adieu, cœur malveillant.

Désignant les fleurs de son corsage.

Ne perds pas mes œillets en te déshabillant; Ils viennent de Myrrha, la folle bouquetière Qui, prête à nous laisser ravir sa jarretière, Vend ses fleurs et son corps sous les arches des ponts«

VANINA, jetant ses fleurs.

Les voilà, tes œillets.

RBNATO.

Tudieu I nous nous crispons.

Infortuné bouquet, il s'était fait passage Entre les seins émus qui tendent ton corsage. Tant pis t

Adieu.

Bonsoir.

88 l'infidèli

VANINA

Ne sois pas û joyeux.

* Te prendre, c'était bien, mais te trahir, c'est mieux.» ElU entre dans la maisoD.

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