SCÈNE III. — ROSALIDE, ZULMÉE, BIENFAISANTE, LUMINEUSE, CLARINDE
(Les deux fées portent une couronne enrichie de diamants.)
BIENFAISANTE
Nous touchons enfin à l’instant décisif. Voici la couronne que nous devons, dans une heure, poser nous-mêmes sur le front de la reine de l’ile Heureuse. (Elles déposent la couronne sur une table.) Ro— salide, si c’est vous que le sort appelle au trône, je jure par l’amitié qui m’unit à ma sœur, de vous chérir, de vous protéger à jamais, et de n’employer le pouvoir de mon art que pour votre gloire et le bonheur de vos États.
L’JLE HEUREUSE.
ROSALIDE, à part.
Hélas! tout ce que j’entends aujourd’hui ne doit donc servir qu’à me confondre !...
LUMINEUSE
Clarinde, je m’engage avec joie, par les mêmes serments; et vous, ma sœur, qui connaissez mon âme, vous savez si j’y serai fidèle.
BIENFAISANTE
Je suis sans inquiétude... Rosalide et Clarinde, on vous attend, allez...
CLARINDE, à Bienfaisante.
Quoi ! sans vous?...
BIENFAISANTE
Oui. Dans la crainte de gêner les suffrages, ma sœur et moi nous resterons ici : allez, mes enfants.
CLARINDE.
Venez, chère Rosalide, etn’oubliez pas les promesses que j’ai reçues de vous.
ROSALIDE, en lui donnant le bras.
Si le sort et les fées ne me forçaient à vous disputer le trône, qu’il me serait doux de le céder à vos vertus!...
COMÉDIE
CLARINDE.
Personne plus que Clarinde ne vous en juge digne !...
BIENFAISANTE
Allez, chers enfants, montrer à l’assemblée qui vous attend, non deux rivales, mais deux amies trop nobles, trop sensibles, pour que l’intérêt ou l’ambition puisse jamais les désunir.
Donnez-moi votre bras, chère Clarinde. (A part en s’en allant.) Je tremble, et puis à peine me soutenir. (Elles sortent; Zulmée les suit.)