I. \ MORT D’ADAM
SETII.
Hélas ! il descend... Déjà les cèdres commencent à le cacher...
ADAM
Ainsi donc dans un instant je n’existerai plus.
ÊVE.
Juste ciel !.. . (Elle tombe dans li*s liras de Sélima et do Tliirsa.)
SÉLIMA.
O Dieu de miséricorde ! entends nos cris, vois notre désespoir!...
ADAM
Le rocher va s’écrouler... Je frémis... O tourment inexprimable!... mortelle angoisse!... Non, je ne puis surmonter cette horreur invincible qui me glace... non, je ne suis point résigné à mon sort!... Dieu puissant, pardonne; c’est ma première immortalité qui tressaille dans tous mes os! . . .
SETII.
Mon père, bénis tes enfants... Donne-nous ta bénédiction...
ADAM
Je vais cesser d’être... Je ne puis vous bénir, mes enfants... La malédiction est tombée sur moi... je nepuis vous bénir... O mon Créateur,
DRAME. 67
Être éternel, éloigne de moi ces terreurs... Pénètre-moi de l’idée consolante de ta bonté suprême... que l’amour qui t’est dû ranime dans mon âme flétrie la confiance et le courage!... Mais tu m’entends, tu daignes exaucer mes derniers vœux... le calme renaît dans mon cœur; il me semble qu’une main bienfaisante y répand un baume salutaire...
seth.
Anges des cieux ! il sourit! . . . Viens, ma mère ; venez, Sélima, Sunim, Thirsa... et toi aussi, cher Éliel... Nous sommes tous près de toi, mon père, donne-nous ta bénédiction. . .
ADAM
Venez, mes enfants... Où es-tu, Seth, que je pose sur toi ma main droite... Sunim, voilà ma gauche... Approchez, Sélima, Éliel, Thirsa... qu’Eve bénisse avec moi ses enfants!... (Ils tombent tous à ses genoux.) Que le Tout-Puissant, que le Dieu qui a créé votre père, conserve à tous les hommes qui existent, et aux enfants qui naîtront d’eux, le souvenir de leur origine ! N’oubliez point que vous êtes frères; secourez-vous, aimez-vous les uns les autres; et qu’à jamais le plus compatissant d’entre les hommes en soit aussi le plus grand, le plus révéré! Mais le nuage qui couvrait mes
LA MOUT D’ADAM
yeux se dissipe tout à coup !... Où suis-je transporté... quel spectacle affreux et nouveau!... c’est l’avenir qui se dévoile à mes regards... O Dieu, rends-moi les ténèbres et l’ignorance!... Que vois-je? quelles innombrables troupes de furieux armés ! que de champs couverts d’infortunés massacrés par leurs frères!... Et le chef barbare qui conduit les meurtriers, ce monstre s’enorgueillit de ses crimes ! une multitude insensée le couronne de lauriers et le traîne sur un char de triomphe!... Quel autre tableau non moins imposant se déroule devant moi !.. . Quels somptueux édifices!... Les matières éblouissantes qui les décorent ne brillèrent jamais dans les jardins mêmes d’Éden !... Elles sont donc utiles à l’existence et au bonheur de l’homme?... A quoi bon ce vain éclat?... Avides habitants de ces superbes demeures, au milieu de l’abondance et des superfluités, vous refusez des aliments à vos frères dépouillés et mourants!... Race impie, hommes dénaturés, je vous maudis!... Et vous, conquérants impitoyables, âmes viles, que le faste a corrompues... je vous maudis!... Et dans ce moment solennel, le Dieu redoutable qui m’entend, devant qui je vais paraître... ce Dieu vengeur approuve et confirme cette irrévocable malédiction!...