SCÈNE III. — SARA, ABRAHAM, ISAAC
SARA
Enfin je vous retrouve ensemble... Abraham, avez-vous offert votre sacrifice ?...
no
ISAAC
ABRAHAM
Nous allions nous rendre à la montagne.
SARA
Pourquoi donc avez-vous tant différé?...
La salle et les tables sont ornées de guirlandes de Heurs tressées par mes mains. Le festin est prêt, tous vos amis rassemblés vous attendent. Rendez-vous à leur impatience. Eh quoi! ne partageriez-vous pas toute la joie que m’inspire ce beau jour?...
ABRAHAM
O Sara!... vous devez connaître mon cœur...
SARA
Si je ne le connaissais pas, serais-je surprise de vos retardements ! . . . Allez donc, hâtez-vous... Isaac vous suivra-t-il ?. . .
ISAAC
Oui, ma mère. . . il le faut. . , Mais, avant de vous quitter, souffrez que votre fils vous embrasse !
SARA
Mon fils... tu parais attendri, tes yeux sont remplis de larmes !...
ISAAC
C’est la tendresse qui les fait couler...
COMÉDIE
SARA
Que tu me rends une heureuse mère !
ISAAC
Il me semble en ce moment que j’aurais pu m’occuper davantage de votre bonheur, de celui de mon père... Avez-vous été toujours satisfaite des témoignages de mon amour, de ma reconnaissance?... n’ai-je pas eu quelques torts involontaires?... S’il était vrai... oubliez-les, pardonnez-moi... O ma mère, bénissez votre fils !...
SARA
Cette bénédiction que tu désires, ne sais-tu pas que je te la donne dans tous les instants de ma vie? Tel est l’excès de ma félicité, que je n’ai rien à demander au ciel pour ton bonheur et pour ta gloire. Les promesses du Seigneur me font jouir d’avance du sort qui t’est réservé : je n’ai plus à former qu’un seul vœu : que mon fils ait toujours pour moi la tendresse qu’il m’a montrée jusqu’à ce jour... Cherlsaac, bannis de vaines craintes... Non, jamais enfant n’inspira d’affection plus vive et ne sut mieux la justifier.
ISAAC
Que cette assurance m’est chère ! C’en est assez, mon père... je suis prêt à vous suivre.
ABRAHAM
Mon lils, ta mère voudrait te parler encore... Sara, n’avez-vous plus rien à lui dire?. . .
SARA
Non, je ne veux pas vous arrêter davantage; allez. Abraham, allez : en immolant la victime, pensez l’un et l’autre à l’heureuse Sara ; avec vos vœux, offrez encore au Seigneur l’hommage de ma reconnaissance. . .
ISAAC
Venez, mon père...
ABRAHAM, à part.
O mon Dieu ! (Haut, d’un ton ferme.) Allons , mon fils !...
ISAAC
Adieu, ma mère... adieu!
(Il sort avec Abraham.)
SCÈ>E IV.— SARA, seule.
SARA, après un moment de rêverie.
De quel ton il m’a dit adieu ! Le son touchant de sa voix retentit encore à mon oreille... Et pourquoi cet adieu? ils vont revenir, je vais les revoir dans un instant... Tout mon cœur s’est ému... ma raison a peine à surmonter le trouble inconcevable qui m’agite... Si j’osais , j’irais les re-
joindre... mais j’interromprais le sacrifice... je dois rester et les attendre. . . Que puis-je craindre? je ne sais ; cependant je tremble. . . chaque souvenir, chaque réflexion accroît mon inquiétude... Il pleurait, sa main tremblait en serrant la mienne !... Abraham était pâle, interdit... Eh quoi! me cacherait-on quelque malheur?... 11 m’a dit un adieu si douloureux ! S’ils partaient, s’ils étaient forcés de s’éloigner, de me quitter, d’aller peutêtre combattre nos ennemis !... Dieu ! quelle idée funeste!... courons après eux... Mais, que vois-je... Gamari en pleurs... Que vient-il m’annoncer ?...