SCÈNE VII. — LA COMTESSE, LE COMTE
LA COMTESSE
Pardonnez-moi de vous avoir fait éveiller ;
206 LA BONNE MÈRE
mais j’avais à vous parler d’une affaire importante...
LE COMTE
Vous m’inquiétez... Vous avez pleuré, je le vois; qu’avez-vous, chère amie?...
LA COMTESSE
Je suis un peu troublée, je l’avoue; cependant ce que j’ai à vous apprendre n’a rien de fâcheux. . .
LE COMTE
A cette émotion je devine qu’il est question d’Émilie...
LA COMTESSE
Il est vrai... Ma sœur est venue ce matin me proposer un mariage pour notre fdle. . .
LE COMTE
Eli bien?...
LA COMTESSE
Celui qui la recherche possède les avantages de la fortune ; il a trente ans, de la naissance, et jouit d’un mérite personnel universellement reconnu. Sa figure est agréable... Enfin il aime Emilie, et ne veut qu’elle pour femme. . . Il refuse même la dot que nous devions lui donner...
LE COMTE
Mais comment n’ètes-vous pas transportée de joie?. . . Je suis impatient de le voir. . .
COMÉDIE
LA COMTESSE
Vous le connaissez ; il vient souvent ici, et vous l’aimez beaucoup... C’est le comte de Moncakle. . ,
LE COMTE
Le comte de Moncalde!... un étranger!... 11 a sans doute le projet de s’établir en France ?
LA COMTESSE
Il ne veut prendre aucune espèce d’engagement à cet égard ; c’est assez déclarer son dessein de retourner dans sa patrie.
LE COMTE
Et vous seriez tentée de lui accorder la main de votre fdle!...
LA COMTESSE
Je le vois depuis quatre ans... jeconnaisson caractère ; il n’en est point de plus estimable. Rempli d’esprit et d’agréments, le comte a pour l’étude un goût passionné... Enfin, il possède toutes les qualités qui peuvent rendre ma fille heureuse, et je la lui refuserais!... Mon ami, pourriez-vous me croire égoïste à ce point?...
LE COMTE, lui prenant la main.
Un pareil sacrifice ferait le malheur de votre vie... D’ailleurs, moi-même, pourrais-je me résoudre à perdre Emilie? Elle est votre ouvrage;
208 LA BONNE MÈRE
je retrouve eu elle votre esprit, vos vertus... Non,
je ne consentirai jamais à m’en séparer...
LA COMTESSE
Songez à la médiocrité de sa fortune, aux avantages brillants de l’alliance qui nous est offerte... Il est vrai, je serai séparée d’Emilie, mais elle ne m’oubliera jamais ; cette idée me consolera...
LE COMTE
Emilie se résoudra-t-elle à nous quitter?
LA COMTESSE
La raison peut tout sur notre fille... Cet effort sans doute lui coûtera, mais je la déciderai, je l’espère, à ce pénible sacrifice... Enfin, je vous en conjure, reposez-vous sur moi du soin de son bonheur.
LE COMTE
Vous le voulez, j’y consens... A vous, chère amie, de disposer d’elle; ce droit, vous l’avez acquis par tant de peines?... Allons retrouver nos enfants.
LA COMTESSE
Volontiers. (Ils sortent.)
FIN Dü PREMIER ACTE.
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