SCÈNE VI. — ÉM1LIE, AGATHE
AGATHE
Je vous cherchais, ma sœur... Que vois-je! Vous paraissez agitée, ma chère Emilie!...
EM LIE
Avez-vous vu maman?
&OMÉDIK.
AGATHE
Elle vient de sortir pour aller chez ma tante.
EMILIE
El mon père?
AGATHE
Il est enfermé dans son cabinet... Dites-moi, Emilie, il est sans doute question d’un mariage pour vous? Je le devine à votre trouble.
Emilie.
Ah ! ma sœur, ma chère Agathe, plaiguez-moi, si vous m’aimez autant que je vous aime.
AGATHE
Expliquez-vous.
On veut me faire épouser le comte de Moncalde, et me laisser emmener en Portugal.
AGATHE
Grand Dieu!... vous nous quitteriez!... Et ma mère y consentirait !...
Emilie.
Il n’est que trop vrai, ma chère Agathe.
ASATHE.
Je ne puis le croire; vous ne devez point. obéir. . . Emilie,
Que dites-vous? Résister à ma mère?
LA BON Mi MÈRE.
AGATHE
Elle ne se résoudra jamais à se séparer de vous.
EMILIE
Ma mère ne voit que ce qu’elle appelle mon intérêt; elle s’oublie elle-même; hélas! elle oublie aussi qu’il m’est impossible de goûter un bonheur dont elle ne serait pas témoin.
AGATHE
Ma sœur, ne consentez pas à ce mariage.
EMILIE
Ma parole est donnée.
AGATHE
Rétractez-la , par tendresse même pour notre mère, et pour ne pas lui préparer d’éternels regrets.
EMILIE
Agathe, vous ne connaissez pas le courage de ma mère; c’est une raison supérieure qui la fait agir... Sa sensibilité peut la faire souffrir, mais sans jamais amener un instant de faiblesse. Ma mère, se repentir d’avoir fait son devoir !... elle en est incapable.
AGATHE
Emilie, si vous partez, je ne survivrai point à cette affreuse séparation.
COMÉDIE. 223
EMILIE
Si vous m’aimez, cachez-moi l’excès de votre douleur ; n’achevez point de déchirer mon cœur. . . il n’est que trop partagé entre le devoir, la tendresse et la raison. Voici Lucette. Essuyons nos pleurs, chère Agathe.