‹ Théatre d'education a l'usage de la jeunesseChapitre 53 sur 106 · SCÈNE IV. —LA COMTESSE, EMILIE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. —LA COMTESSE, EMILIE

LA COMTESSE

Rappelez toute votre raison, ma fille... J’ai besoin que vous me secondiez, mon enfant ; vous me l’avez promis, et j’y compte. Hélas! je le prévois, il faut nous résoudre à une prompte séparation... J’ignore encore l’époque... mais je la crois prochaine... Les moments nous sont chers, n’en perdons point en regrets superflus... Quenosderniers entretiens du moins puissent être utiles à mon Emilie... Elle connaît tous les devoirs d’une fille soumise ; il me reste à lui apprendre ceux de femme et de mère.

EMILIE

Eh, que pourriez-vous me dire que votre exemple ne m’ait enseigné?... Je ne vous ai jamais quittée. Tous ces devoirs sacrés dont vous voulez m’entretenir, n’en suis-je pâs pénétrée?...

COMEDIE

Me consistent-ils pas à mériter la confiance, l’estime de celui qui désormais sera le seul arbitre de ma destinée?... S’il est injuste envers moi, je dois avoir recours à la douceur pour le ramener, m’interdire les reproches, cacher ses torts atout le monde; s’il m’aime, je profiterai de l’empire que j’aurai sur son cœur, pour son intérêt et son bonheur; enfin, sans l’économie, sans une application assidue aux soins domestiques, je ne remplirais qu’imparfaitement mes devoirs d’épouse... Pour ceux de mère, vous serez encore mon modèle. Ne vivre que pour ses enfants, se livrer entièrement aux soins de leur éducation, et pour cela renoncer à la dissipation, aux plaisirs. Étudier et s’instruire pour eux; leur sacrifier avec joie tous ses loisirs... voilà l’exemple sublime qui me fut donné. (Elle tombe aux pieds de sa mère.) O ma mère ! souffrez que l’aînée de vos enfants, qui, par son âge, doit le mieux sentir l’étendue de vos bienfaits, en ce moment solennel, vous exprime, au nom de ses frères et sœurs, leur amour et leur reconnaissance... Ils feront votre bonheur, n’en doutez pas, ces heureux enfants qui vous restent ; ils vous dédommageront de la perte d’une fille infortunée... Je le jure aux pieds de la meilleure des mères, jamais vos vertus et vos leçons ne s’effaceront de mon souvenir... Oui, je serai digne de

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