I PUISE
Voilà un plaisant scrupule ^ un miroir est toujours bon à consulter. ( Elle dresse le miroir sur la table. )
CÈNIE.
Ne consultons que la raison,
iPlIISE.
Il (aut écouler les avis de lout le monde. ( Elle se regarde dans un miroir. ) Quelle figure!....
CÉME.
Ah, ma sœur! vous allez préférer le flacon couleur de rose.
I p H I s E , se regardant loujoiirs.
Je n'ai jamais trouvé ma laideur si singulière, si difforme 5... certainement. Génie, la vôtre est moins désagréable.
CÉNIE
Jusqu'ici vous m'aviez paru penser tout le contraire.
IPIIISE.
C'est que je ne m\'tois pos examinée avec soin... Ah! je me rends justice ^ sûrement votre figure n'est pas aussi choquante que, la mienne.
CÉiSIE.
Quelle idée!....
iio LES FLACONS,
iPlIISE.
Premièrement , vous êies beaucoup moins bossue que moi.
Je n'en crois rien.
j F H I s E , se regardant toujours.
Je suis sans comparaison plus rousse que vous.
GÉNIE
Je ne vois pas cela.
IV ai SE.
Mais regardez , voyez nos deux figures dans ce miroir, vous eii conviendrez.
GÉNIE, se penche et se regarde.
Ah , je suis mille ibis plus afïreuse que vous.
IPHISE.
Ma sœur quel parti prendrons-nous ?
CÉÎSIE.
Je ne sais... cette glace a dérange' toutes mes idées. ( Elle s'j regarde encore. )
IPHISE.
La fée a beau dire , il est impossible
COMÉDIE. m
qu'avec de semblables visages on puisse jamais se montrer dans le monde.
CÉNIE
Sous un dehors si révoltant, prendroiton la peine d'aller chercher de Tesprit, un bon caractère ?...
IPHISE.
On nous laisseroit là avec notre perfection intérieure.
CÉNIE
D'ailleurs , sans le secours du flacon blanc, ne pouvons-nous pas nous corriger de nos défauts ? Il est vrai que cela ne sera pas si prompt.
IPHISE.
Mais nous ne sommes pas si pressées...
CÉNIE
Sans doute nous sommes bien jeunes.
IPHISE.
Allons , allons , ne balançons plus. ( Elle prend les Jlacons couleur de rose. ) Tenez, ma sœur.
CÉNIE
Donnez ..
I p II I s E , débouche le sien y et Cénie tombe dans la rêverie.
Cenie, qui vous arrête P
Ipbise !...
I Pin SE.
Qu'avez-vous cloncr* Vous tremblez.
Ali, ma sœur qu'allons-iious faire!
IPIIISK.
\ ous ne savez pas vous décider; allons . je vais vous donner Texemple.
r. É ?; I E , lui arrachant le jlacon.
Non, chère Iplii.se, vous devez le recevoir de moi, je suis la plus âgée.
IPIIISE.
Et moi, la plus raisonnable.
GÉNIE
Ecoutez-moi, de grâce. Si nous preTérons ce flacon, nous affligerons maman.
IPUISE.
Ah, si je pouvois le penser , je le casserois plutôt.
COMÉDIE. ii3
GÉNIE
Hé bien, ma sœur, soj^ez-en siire^ j'ai vu son inquieUide quand elle nous a quittées 5 elle trembloit que nous ne fissions un choix imprudent.