SCÈNE II
ZULMÉE, ROSALIDE.
zuLMÉE, accourant.
Ah, madame, je viens devoir le spectacle le plus noble et le plus imposant qui soit peut-être au monde.
ROSALIDE.
Quoi donc ?
ZULMÉE.
Cest la salle du couronnement. Imaginez-vous des vieillards, des princes , des rois, des sages, tout cela en foule et réunis... cela ne se voit pas communément
aussi réellement je suis saisie d'admiration.
ROSALIDE, à part.
Le moment approche, et , malgré moi , je suis troublée....
ZULMÉE.
C'est un bruit , un vacarme dans les jardins, dans les galeries, qui s'accroît à chaque instant : tenez , entendez-vous les cris?
COMÉDIE. iSg
Oh , il faut qu il arrive quelque événement extraordinaire.
ROSALIDE.
J'entends, je crois, répéter le nom de Clarinde... Voyez ce que c'est, Zulmée... zuLMÉE 'va voir et revient.
C'est la princesse Clarinde qui traverse les galeries pour»se rendre ici.
ROSALIDE.
Eh pourquoi ces cris qui redoublent?
ZULMÉE.
Oh, c'est une multitude de pauvres gens qui Taltendoient à son passage^ elle est , dit-on, fort charitable.... ( O/i entend crier distinctement : Piçe la princesse Clarinde , vive notre généreuse bienfaitrice ! )
Quel train, juste ciel!... il faut que tous les malheureux secourus par Clarinde se trouvent-là rassemblés.
ROS A LIDE.
Ils font des vœux pour elle , ils ont raisou. Ah ! de tels vœux méritent d'être exaucés... ( On crie de plus près et plus fort encore: Vive Clarinde^ vive notre chère bienfaitrice !... )
i6o L'ILE HEUREUSE,
Comment a-t-elle eu le bonheur d'être utile à tant de gens f Moi , je n'ai jamais vu de malheureux dans ce palais !
Oh, Ton dit qu'elle les alloit chercher.
ROS ALIDE
Ah , Lumineuse !... vous auriez pu me conduire vers eux !... ( A part. ) Je me sens accablée, jamais tant d'amertume ne remplit mon àme !...
ZULMÉE.
Voici les fe'es et la princesse.