‹ Théatre d'éducationChapitre 5 sur 130 · SCÈNE VI ET DERNIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI ET DERNIERE

ZÉLIS, AMÉLIE, COLIN, ROSINE, tenant un panier ouvert.

no SI NE s'arrête au fond du théâtre . et dit :

iiLLEs sont consternées.

AMÉLIE

iN'entends-je pas ma sœur f

ZÉLI s.

Oui , c'est elle.

Hé bien, Rosine, ma colombe!...

ROSINE

Je sais votre malbeur , et je vois qu'il est encore plus grand que je ne Timaginois , car vous m'en paroissez accablée.

COMEDIE. 3fi

AMÉLIE

Quel ton d'ironie ! Ma sœur

ah! quand vous étiez inquiète de voire myrte , je ne me suis point moquée de vous,

ROSINE, à part.

Ce reproche me touche.... je le mérite donc f ( Elle rêve. )

ZÉLIS

Amélie , vous êtes injuste ^ Rosine VOUS aime^ ainsi elle doit partager toutes vos peines : et moi, ne viens -je pas

de pleurer votre colomhe ? Tamitié

de Rosine pour vous seroit-elle moins tendre P

AMÉLIE

Chère Rosine, vous aurois-je affligée f... oli ! pardonnez-moi...

ROSINE, à part.

Mon embarras redouble... ali ! qu'ai-je fait ?

AMÉLI E.

Embrassez-moi , ma sœur.,. Mais , quV yez-vous donc? parlez...

ROSINE r embrasse.

Amélie...

AMÉLIE

Hé bienf...

ROSINE, açec embarras.

Si vous retrouviez voire colombe , seriez-YOus bien contente T.. .

AMÉLIE

Quoi ! sauriez-vous ?...

ROSINE, du même ton.

!Non , c'est une simple question.

ZÉLIS

Cette question m'e'tonne Rosine 5

vous baissez les yeux, vous paroissez interdite... Ah ! la colombe n'est pas perdue ; vous savez oii elle est...

AMÉLIE

Que dites-vous , Zélis ? Quoi ! vous

pourriez croire ma sœur capable de vouloir m'affliger, de se faire un jeu de mon inquiétude, et de dissimuler avec moi?

IVon, R-Osine est susceptible : elle est injuste quelquefois^ mais elle est aussi franche que sensible 5 je connois son coeur , et je ne puis le soupçonner...

ZÉLIS

Qu elle se justifie donc !.. Maisregardei, regardez comme elle rougit... oh ! quelle mine coupable !...

AMÉLIE

Que signifie Tétat où je vous voisf ma soeur, seroit-il possible?...

ROSINE

Ah ! ma chère Amélie!... ( Elle pleure. )

AMÉLIE

Rosine... qu'est-elle devenue, ma colombe ? ne me le cachez pas.

ZÉLIS

lié bien , Rosine Ta volée , cela e«t clair.

AMÉLIE

Vous ne dites rien , ma sœur f

Z ÉLIS

Je repondrai pour elle : eh ! l'hisloire de la colombe est e'crite sur son visage. Rosine eloit jalouse de la colombe, et elle a volé et enfermé sa rivale.

AMÉLIE

Rosine!...

ROSINE

Ah! ma sœur , que vous dirai-je ?,.. Zélis Ta deviné... oui , j'ai votre colombe. Je comptois cependant vous la rendre : mais je ne veux point chercher à m'excuser. Je sens tout mon tort, j'ai causé votre peine, je vous ai trompée, je suis ingrate, extravagante^ enfin, je ne mérite plus Tamitié d'Amélie. Vous n'aimerez plus que Zélis , je dois m'y attendre... j'en mourrai, cela est sur... ah ! du moins, accordez-moi votre pitié.

AMÉLIE l'embrasse.

Injuste et chère amie!...

COMÉDIE. 3g

ROSINE

Quoi! vous m'aimez toujours?...

zÉLis, en riant.

Oui , après moi, vous serez Famie la plus chère d'Amélie.

ROSINE

Ah! Zélis, quelle amère et cruelle plaisanterie!...

ZÉLIS

Dans ce genre vous n'en trouverez jamais de bonnes.

Ne la tourmentez pas davantage; mais je ne puis revenir de ma surprise... Vous, Rosine, jalouse! et de quoi i' d\m oiseau...

ZÉLIS

Elle l'e'toit de moi quand nous e'tions ensemble; et, dans mon absence, elle s'est rejetée sur la pauvre colombe. Elle

uroit été de la bonne mère Nicole ou

bien d'autre chose ; car je vois que les ja-

oux , pour se livrer à leurs fantaisies , n ont

4o LA COLOxMBE,

besoin ni de pre'texles , ni d'objets raisonnables...

ROSINE

Hélas! elle a raison....

AMÉLIE

Quoi , Rosine j vous pouviez penser que j'aimois mieux ma colombe que vous ?...

ROSINE

Oh, non... mais elle vous occupoil , vous en parliez sans cesse...

AMÉLIE

Ah! je ne vous conçois pas 5 si je souITre. vous souffrez comme moi. Celle e'pine hier qui me blessa la main , fit couler vos larmes ^ pourquoi donc de même ne partagez-vous pas mes plaisirs ?...

Je suis corrige'e pour ma vie de ces cruels caprices ^ du moins je l'espère : votre douceur , voire raison , votre amitié surtout, me font connoîlre enfin tout Fexcès de mon injustice... Venez , ma sœur, veneï

COMÉDIE. 4i

retrouver voire colombe^ elle est ici près dans le petit bosquet de roses...

AMÉLIE

Je ne la reprendrai pas, je vous la donne, Rosine ^ gardez-la , et que la main qui vous TofFre vous la rende chère.

ROSINE

Ah , ma sœur, que je vais Taimer de'sormais !

ZÉLI s.

Oui 5 mais prenez-garde qu'à son tour Amélie n en devienne jalouse...

ROSINE

Ah, plut au ciel!...

ZÉLIS

Voyez-vous comme elle se corrige !..,.

Elle vient de louer votre raison ^ mais , au fond du cœur, elle voudroit vous voir partager sa folie...

AMÉLIE

Non , non , Rosine a trop d'esprit pour ne pas sentir que la délicatesse qui va jus-

!,i LA COLOMBE,

qu à la défiance est un tourment pour celle qui réprouve, et la plus mortelle injure pour Tobjet qui la fait naître. Songez-y bien, chère Rosine, et répétez-vous chaque jour, que Tamiiié ne peut exister sans festime et la confiance.

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