‹ Théatre d'éducationChapitre 86 sur 130 · PAULINE, ROSE · texte numérisé non relu

PAULINE, ROSE

PAULINE

lAosE... mais que faisiez-vous là f

ROSE

Piien , mademoiselle.

PAULINE

Comme vous voilà rouge î...

ROSE

Oh dame, c'est qu'il fait chaud.

PAULINE

Vous avez caché quelque chose dans

votre poche, je l'ai vu... Pourquoi donc ce mystère , ma clière Rose ^ est-ce que tu n'as plus d'amitié' pour moi?

ROSE

Tenez, vous m'allez tirer les vers du nez , je vois cela.

PAULINE

Ah ! je fen prie , parle-moi vrai , et je te donne ma parole d'honneur de ne faire aucune indiscrétion.

ROSE

Mais c'est que c'est plus fort cjue vous... Souvenez-vous donc comme vous avez fait manquer ma noce.

PAULINE

Va, je t'en dédommagerai^ je te promets de faire ta fortune.

ROSE

Oh , ma fortune , elle est en bon trahi , allez ^ je suis plus riche que je ne vou» drois, car cela me donne du souci...

PAULINE

Que veux-tu donc dire ? explique-toi , de grâce...

COMÉDIE. 2g3.

ROSE

Allons , me v'ià enjôlée , il faut que je vous dise tout.

PAULINE, V embrassant.

Ah! Piose, que je t'aime!

ROSE

Je m'en vais vous conter une drôle d'histoire...

PAU LIN E

Dépêche-toi donc.

ROSE

Dame , c'est une aventure comme il j en a dans ce livre vert que madame la marquise vous avoit dit de ne pas lire, et que vous avez volé...

PAULINE

Mais au fait, R.ose.

ROSE

Enfin , c'est comme un conte de roman.

PAULINE, à part.

Qu'elle mïmpatiente ! ( Haut. ) Mais , Rose, finissez donc.

ROSE

M'y voici. Je nie promenois tout à l'heure dans l'avenue ^ voilà que tout d'un coup nn

:!9i LA CURIEUSE,

homme vient vers moi : il e'toit tout embeguiné dans son chapeau et dans sa redingotte : mais pas moins il avoit Pair jeune. Il me dit comme ça : Etes-vous du château? Oui y monsieur. Hé bien, donnez cette lettre à mademoiselle de Valcour , et prenez cela pour vous^ je vous en donnerai bien d'autres si vous êtes discrète.

PAULINE

Ah 1 c'est notre homme de ce matin !

Hé bien, Piose, qu'avez- vous répondu?

ROSE

Pardi , rien ^ je n'ai pas eu le temps de dire un mot ^ il me laisse une lettre , une bourse, et crac, il court encore. Moi, tout ébaubie , je compte l'argent et puis je le mets dans ma poche avec le billet. V là tout.

PAULINE

Et la lettre , vous l'avez donc ?

ROSE

Sûrement que je l'ai.

PAULINE

Ah ! voyons-la !

ROSE

Je le veux bien 5 mais vous ne la lirez.

pas, au moins, car elle est cachetée. Tenez , la voilà.

PAULINE lit V adresse.

A mademoiselle de f'alcour.... S'adresse-t-elle à ma sœur ou à moi ?

Oh, je parierois qu'elle est pour mademoiselle Sophie.

PAULINE

Pourquoi ?

ROSE

Vou? connoissez bien Marie-Jeanne ^ la fermière f*

PAULINE

Hé bien ?

ROSE

Elle vend du vin.

PAULINE

Après.

ROS E

Hé bien, il y a deux jours qu'un jeune homme est venu chez elle comme pour demander chopine ^ mais , au lieu de boire , il a passé tout le temps à faire des questions sur mademoiselle de Valcour , la plus grande , qui a Fair si saçje : v'ià

comme il disoit. Oh , Marie-Jeanne lui en a conte' des plus belles 5 car elle aime mademoiselle Sophie 5 Dieu sait... et puis , n'y a qu'une voix sur le compte de mademoiselle votre sœur ^ c'est vrai cela.

PAULINE

Et ce jeune homme... n'a fait aucune question sur moi ?

ROSE

Non , il n'a parlé que de celle qui a Tair sage^ il n'a pas e'të question de vous... Vous vojez bien que c'est Thomme à la lettre^ ça y ressemble bien, du moins.

PAULINE, trislement.

Piose , il faut que je porte cette lettre à maman... quand elle seroit jx)ur moi, je ne dois pas l'ouvrir.... ainsi j'ignorerai toujours ce qu'elle contient...

ROSE

A cause de votre bonne action , madame vous dira peut-être ce qu'il y a dedans : voilà comme mademoiselle Sophie se fait tout conter par elle.

PAULINE

Je voudrois seulement savoir si ceîte

lettre est signe'e... Cette aventure est bien singulière 5 a-t-elle quelque rapport avec le secret qui occupe maman , Sophie et Constance ?...

ROSE

Ah ! vous vous cloutez donc qu'il y a im secret en l'air?

PAULINE

Rose , en aurois-tu de'couvert quelque chose r...

Ma foi, il n^ a peut-être que nous deux dans la maison qui ne le sachions pas ^ vous, mademoiselle, à cause de votre cm'iositë, et moi, parce qu'on s'aperçoit que vous me' faites jaser tant que vous voulez. Mais pourtant j'ai accroche' quelque petite chose.

PAULINE

Ah! qu'est-ce que c'est?

ROSE

Je veux bien vous le dire ^ mais à condition que si vous ouvrez la lettre vous me la lirez...

PAULINE

Mais, Fi donc! je ne l'ouvrirai point.

agS LA CURIEÏjSË,

ROSE

Bon, vous n"y tiendrez pas^ alfcz, je vous connois.

PAULINE

Rose , vous avez donc bien mauvaise opinion de moi?

ROSE

Mon Dieu, mademoiselle, pardonnezmoi... mais , d'après tout ce que je vous ai vu faire jusqu'ici...

J'ai pu me laisser entraîner à des e'tourderies ^ mais je suis incapable, je Tespère, tle commettre une faute aussi grave... Une fille de mon âge ouvrir en secret la lettre d'un jeune homme et d'un inconnu... et une lettre qui , vraisemblablement , est pour une autre... O ciel ! si la curiosité pouvoit égarer à ce point , existeroit-il un vice plus dangereux et plus horrible !

ROSE

Apaisez-vous donc, mademoiselle. Hé bien, nous ne la lirons pas : allons, je vous dirai tout ce que je sais sans cela.

eOMÉDIE. !»99

PAULINE

Depècliez-vous donc , car Theiire flu dîner approche.

ROSE

Hier au soir, madame e'toit dans le parterre avec ce baron. En passant, j'ai entendu M. le baron qui disoit : Le chevalier de Miri'illey et puis ils ont parlé tout bas , tout bas^ mais je me suis souvenue de ce nom , parce que je Pavois déjà entendu dire une fois à M. Thibaut , qui parloit pourtant à Foreille du valet-de-chambre chirurgien, au bas de Fescalier , pendant que j'étois cachée derrière la porte battante.

PAULINE

Le chevalier de Mirville !.. ce nom m'est absolument inconnu...

ROSE

Et puis , celte même fois , le chirurgien ajouta je ne sais quels mots , et ceux-ci que j'attrapai : Quelle surprise si ou savait qu'il est caché ici!

PAULINE

Tous avez entendu cela ?

3oo LA CURIEUSE,

ROSE

Oh , de mes deux oreilles... mais c'est tout ce que j'ai pu découvrir.

PAULINE

C'est beaucoup. II est clair que le chevalier de Mirville est cache' dans le château... mais pourquoi ?... Et le baron de Se'nanges le sait , puisqu'il a parle' de lui... silirement même le baron est son oncle, ou peut-être son père... Mais ce mystère est incompre'hensible^ je donnerois toutes choses au monde pour le péne'trer.

ROSE

Et moi aussi, je vous assure.

PAULINE

Enfin, nous savons du moins que le chevalier de Mirville est cache' ici... c'est toujours cela, et c'en est assez pour de'-

couvrir le reste avant la fm du jour

(Elle regarde à sa montre.) Mais il est bientôt deux heures , on va se mettre à table. Adieu, Rose j je te remercie de ta confiance ^ tu peux être sûre que je n'en

COMEDIE. 3oi

abuserai point... Ne me suis pas , il est inutile qu'on nous voie ensemble 5 vat'en par l'autre côte'.

ROSE

■ C'est bien dit, il faut de la prudence. ( Elles sortent. )

PIN DU PREMIER ACTE

3o2 LA CURIEUSE,

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