‹ Théâtre d'epouvanteChapitre 80 sur 84 · LEGUE V ALLIER · texte numérisé non relu

LEGUE V ALLIER

Vous Hvez reçu huit coups de couteau sans broncher... sans lâcher votre prise...

POIREL, bon enfant, rectifiant.

Neuf, monsieur le juge... neuf.

LECHEVALLIEH, lui serrant la main.

C'est très beau, ce que vous avez fait là... C'est héroïque!

POIREL, après un temps.

Monsieur le juge n'a plus besoin de moi?...

(Mouvement de sortie.)

LECilEVALLIER

Vous êtes pressé?... Une cigarette?...

(Il Und son porte-eigarelUs.) POIREL

Non... merci... (ii sort un» tabatière.) J'aime mieux la prise... (U sourit.) J'en ai l'habitude...

(Il fait le geste d'empoigner quelqu'mn.)

LECn EVALUER, riant.

Ah ! oui, très drôle ! (Poirel prise, Lechevallier fume. — Un

temps.) Pourquoi diable avez-vous quitté la Sûreté pour venir ici... à la Morgue?... Je ne pourrais pas y vivre quand même on me couvrirait d'or... Il y a comme une odeur de cadavre qui suinte à travers les murs. Drr!... C'est horrible!...

POIREL, avec bonhomie.

On s'y fait!... La profession de concierge des morts sans domicile en vaut bien une autre. Et puis, mes locataires ne sont pas gênants... Ils ne font pas beaucoup de bruit, les pauvres!... Je vieillis doucement, tranquillement, au milieu d'eux, en attendant qu'à mon tour, je prenne la dalle.

LECHEVALLIER

La dalle ?

POIREL, montrant la table de marbre.

Car nous la prendrons tous; vous la prendrez aussi, monsieur le juge.

LECHEVALLIER, protestant.

Ah! permettez!...

POIREL

Oh I... dessus ou dessous I...

(Il esquiue un monvemont do sortie.

LECHEVALLIER, le retenant.

Attendez-donc! vous êtes bien pressé I... (Un temp«.) Vous avez assisté à la confrontation... à l'interrogatoire... Que pensez-vous de ce jeune bandit?

(Il montre la droite.) POIREL

Berland?...

LECHEVALLIER

Oui... Entre nous, vous avez dû vous apercevoir ([lie j'en étais à ma première instruction...

POIREL, faisant rétonné.

Nonl

LECHEVALLIER, souriant.

Vous êtes bien bon... J'étais sous-préfet... on m'a nommé juge, il y a un mois, et je suis...

POIREL, ironique.

Vous êtes ce qu'on appelle aujourd'hui un magistrat de carrière.

LECHEVALLIER, n'ayant pas l'air d'entendre.

Je comptais sur un petit dossier insignifiant... Vlan I

on me colle celle araire I

POIREL

Affaire délicate 1

LECHEVALLIER

J'espérais m'en tirer en l'absence de l'avocat qui s'est fait excuser... mais cette canaille de Berland ne Yeut pas avouer... C'est incroyable 1...

(Il jette sa cigarette sur la table.) POIREL

Dame ! mettez-vous à sa place I...

LECHEVALLIER

Est-ce qu'ils sont tous comme ça, les coupables ?

POIREL, rectifiant.

Prévenus, monsieur le juge; on n'est coupable qu'après le verdict.

LECHEVALLIER

Oui... prévenus... je voulais dire prévenus. (Faisant tne plaisanterie.) Ceux qu'ou prévient qu'ils sont cou-

|)ables... (Tous deux se mettent à rire.) Si j'avais SU qUB je

rencontrerais au début de ma carrière de magistrat des gaillards de cette force, je serais resté dans les préfectures... Carvous savez, il est de première force... il n'a pas bronché... il n'a pas du tout pâli... ce n'est pas vrai... je le disais pour l'intimider...

POIREL

J'ai bien vu.

SCR lA DAKLi: 309

LECIIKV ALLIER, continuant.

... Ça n'a pas pris.

POIREL

Vous vous êtes peut-être un peu trop pressé de le renvoyer...

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