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Une personnalité aussi vigoureuse, un effort ainsi tendu dans une direction unique expliquent l'influence persistante de ces drames d’amour. Dès sa première pièce, cette influence s’est imposée, aussi soudaine et tyrannique que l’influence de Becque après les Corbeaux. Parmi les jeunes écrivains qui débutent au théâtre aux environs de 1890, j'en vois bien peu qui lui aient échappé ; ceux-là mêmes commencent par la subir qui se libèreront ensuite pour s'élever à un art plus personnel, plus riche et plus sain : je pense à M. de Curel. Et plus tard, nous verrons encore l’étroite parenté (d’inspiration et d’exécution) des premières œuvres de M. Donnay (Amants et la Douloureuse) avec le répertoire Porto-Richien.
Mais il est un écrivain chez qui cette parenté s’accuse, saisissante : c’est le dramaturge poète Henri Bataille. Ici il ne s’agit plus d’analogies extérieures, de sujets voisins Ce sont deux tempéraments qui s’accordent de la façon la plus étroite. Chez le disciple comme chez le maître, la même brutalité d'observation, le même cynisme parfois, la même sensualité grossière et le même goût des
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THÉATRE D ’HIiER
fines nuances, cette curiosité qui ne se contente pas d’atteindre nos sentiments directs, mais qui en cherche les sources dans les profondeurs de l’instinct, ce fatalisme découragé et, en même temps, cette ardeur frémissante, cette sorte de romantisme trouble et maladif.
Jeannine de l’Enchantement, Irène de Rysberghe, la douloureuse Maman Colibri, l’orgueilleuse Grâce de Plassans dans la Marche Nuptiale, Louise Bernier dans la Femme Nue, Fanny Armaury de la Vierge Folle, l’héroïne du Phalène ou de la Tendresse, toutes ces possédées ou ces victimes de l’amour ne sont-elles pas les sœurs des femmes passionnées dont je vous parlais tout à l’heure, et le médiocre Poliche n'est-il pas le plus lamentable exemple de cet abandon de soi-même, de cette veulerie, de cette impuissance désespérée en face de l’instinct. | |
Il serait facile de multiplier, si nous en avions le temps, les rapprochements de détail. Rappelez-vous au troisième acte de la Vierge Folle, Fanny Armaury écrasée de douleur. sans révolte cependant devant ce coup de folie qui éloigne d’elle le seul homme qu’elle ait aimé et essayant, malgré tout, de sauver une faible lueur d'espoir...