I.IVRY
Mais non, mais non, une bagatelle.
Enfin, vous avez tout oublié de ses conseils.... Je crains, Raoul, que vous n'ayez pas l'esprit juridique.
LIVRY
Il se pourrait faire que je n'eusse pas l'esprit juridique.
SIMONE
Oh! que c'est mal!
MONSIEUR MÉRIELLE.
Et vous devenez distrait, avec ça !
LIVRY
Je suis un peu préoccupé de Jeanne, ces jours-ci. Elle est pâle, puis brusquement devient rouge, et elle a des crises de larmes, sans raison. La femme qui possédait le plus bel équilibre !
SIMONE
Peut-être un peu de neurasthénie, comme ont tous les gens distingués.
l'occasion. 239
MONSIEUR MÉRIELLE, à Hubert.
Vous aussi, Ferney, vous devez avoir de la... de ce que dit ma nièce. En tout cas, vous êtes somnambule.
HUBERT
Moi? Jamais de la vie !
MONSIEUR MÉRIELLE.
C'est tout éveillé que vous déambulez, la nuit Mettons donc simplement noctambule.
UUBERT.
Que voulez-vous dire?
MÉRIELLE.
Mon Dieu, je dors très mal, comme il arrive souvent aux vieux. Cette nuit, j'ai entendu marcher dans votre chambre, qui est au-dessus de la mienne....
SIMONE
Décidément, on entend tout dans cette maison.
MÉRIELLE.
Toui. « Ce garçon serait-il malade? » ai je pensé. « Allons lui prouver notre intérêt. » Je monte, je frappe, rien. J'entre : impossible de prouver mon intérêt, il n'y avait personne. J'ai fait linspection des gravures, un quart d'heure durant. Quand je
suis arrivé à la Continence d'Alexandre, j'étais gelé. Alors je suis redescendu.
HUBERT
Voilà.... Le sang me monte quelquefois à la tête violemment, et j'ai besoin d'air. 11 faisait beau, je suis allé respirer dans le jardin.
LIVRY
Quel drôle de corps !
MONSIEUR MÉRIELLE.
Vous auriez pu prendre mal, mon cher!... D'ailleurs, la maison était très animée, cette nuit, n'estce pas, Raoul?
LIVRY
Je ne sais pas, moi, j'ai dormi comme un juge.
MONSIEUR MÉRIELLE,
Bah!... Je parle là de ce qui ne regarde personne, mais nous sommes en famille. En passant devant la porte de Jeanne, je vous ai entendus bavarder tous les deux, et avec animation.
LIVRY
Vous avez rêvé! Je ne suis pas sorti de ma chambre.
MONSIEUR MÉRIELLE.
Voyons, Raoul, c'est mieux qu'avouable, c'est honorable !
l'occasion. 241
LIVRY, impatienté.
Ce serait très honorable, mais cela n'est pas.
MONSIEUR MÉRIELLE.
Je suis sûr d'avoir entendu des voix, et vous pensez bien que cela m'a frappé, à trois heures du du matin!
HUBERT
C'est vous qui êtes somnambule, cher monsieur!
SIMONE
Vous avez des hallucinations, mon oncle.
Soit, puisque tout le monde le veut. Mettons que je sois ramolli. D'ailleurs ça n'a pas d'importance, n'en parlons plus !
Un silence.
SIMONE
Je vais avoir beau temps pour mon voyage.
LIVRY
Pardon! Mon beau-père doit savoir ce qu'il dit. Oui a bien pu causer avec Jeanne, puisque ce n'était pas moi? Savez-vous que cela devient curieux?
Un silence.
SIMONE
Que je suis sotte! Mais c'est de ma chambre, qui est tout à côté, que venait le tapage ! J'avais mes
nerfs, j'ai sonné ma femme de chambre, et nous nous sommes querellées.
MONSIEUR MÉRIELLE.
Ah! voilà l'explication! C'est drôle que je me sois trompé de porte ! Eh bien , elle peut se vanter, cette demoiselle, d'avoir une jolie voix de baryton!...
SIMONE
Oui, elle a la voix assez grave.
Un silence.
LIVRY, violent tout à coup.
On ment, ici! Je vais chercher Jeanne.
MONSIEUR MÉRIELLE, voulant arrêter Livry.
A quoi pensez-vous donc, mon cher?
SIMONE
Vous pourriez me faire l'honneur de me croire, Raoul !
LIVRY, ouvrant la porte de la chambre de Jeanne.
Jeanne !