SCÈNE VII ADRIENNE, LOUIS
Faut-il le détraquer, cet amour?
LOUIS
Donnez-moi seulement un conseil. Qu'est-ce que je vais faire de miss Hirty, moi?
ADRIENNE
La respecter, mon jeune ami.
LOUIS
Oui.... Cependant c'est ennuyeux de servir d'apéritif à ce festin légitime! Et puis elle m'embrasse trop. Ah!... elle m'embrasse trop. Je me connais, j'ai... j'ai le cœur sensible.
ADRIENNE
Le cœur?
LOUIS
C'est une façon de parler.
ADRIENNE
Oui. Il est curieux de voir comme tous les hommes pensent à la même chose.
LOUIS
Et pas mal de femmes aussi. Seulement elles n'ont pas l'air. Mais je sais qu'elles se rongent en secret.
ADRIENNE
Allons donc !
l'amie des hommes. 47
LOUIS, énergiquement.
Elles se rongent. — Dites-moi, vous êtes mon amie, n'est-ce pas?
ADRIENNE
Je suis votre amie.
LOUIS
Eh bien, rendez-moi un service. Aujourd'hui j'ai reçu un poulet.
ADRIENNE
Vous aussi?
LOUIS
Pourquoi moi aussi?
ADRIENNE
Pour rien. Allez. C'est un poulet anglais?
LOUIS
Oh ! non! Annie n'écrit pas.
ADRIENNE
Elle embrasse.
LOUIS
Oui. Ce poulet, je n'ose pas le garder chez moi, parce que ma chambre n'est pas sûre.
ADRIENNE
Vous craignez d'être cambriolé ?
LOUIS
Mon Dieu, hier, en rentrant, j'ai trouvé miss Hirty qui était là comme chez elle, et qui mettait mes tiroirs et mon buvard au pillage.
ADRIENNE
Après quoi elle a pris possession au nom de Sa Gracieuse Majesté et planté un petit drapeau, hein? Et qu'a fait le roi nègre ?
LOUIS
Le roi nègre l'a embrassée. Seulement, dans la crainte d'une nouvelle invasion, il réclame pour son poulet la sécurité de votre territoire.
ADRIENNE, prenant la lettre.
Donnez, donnez.... Quelle est cette bête, sur la cire?
LOUIS
Un kanguroo, je crois.
ADRIENNE
Non, c'est un lévrier. Très gentil. Je n'avais jamais vu de cachets avec des lévriers. C'est une personne que je connais?
LOUIS
Oh! du tout, vous ne l'avez jamais vue.
ADRIENNE, montrant la lettre.
Et... c'est très ardent, cet opuscule?
l'amie des hommes. 49
LOUIS
Non, des petites phrases mystico-sensuelles. Et vous me croirez si vous voulez, c'est une dame à qui je n'ai jamais fait la cour. Mais elle me sait épris d'une autre, et ça l'agace.
ADRIENNE
Je suis bien contente de ne pas la connaître. (Allant à son secrétaire.) Allons, j'enferme cela.... S'ils ne mettent pas le feu à mon meuble, avec toutes ces torches!... Alors, qu'est-ce que vous allez faire entre vos deux femmes?
LOUIS
Mon Dieu... rester attaché à celle que j'aime.
ADRIENNE
Une jeune fille! Oh!... A votre place, j'essaierais de la dame.
LOUIS
C'est bien plus moral, n'est-ce pas, de s'adresser à une femme qui a un mari et des enfants qu'à une jeune fille qui n'a de devoirs envers personne?
ADRIENNE
Ce n'est pas plus moral, c'est plus social.
LOUIS
C'est ça, la convention dans son horreur! Voilà qui n'est pas digne de vous^
bO THÉÂTRE D'UN JOUR.
Mon Dieu, c'est une bête d'idée, mais je voudrais que vous vous lanciez sur la dame au lévrier. Faites ça pour moi !
LOUIS
Mais je ne vous reconnais plus, mon amie !