ER^ESTI^E
Ca ne durera pas.
LA DUCHESSE
Peut-être.
ERNESTINE
Bah!... N'ai-je pas vu vingt fois le général Jumilly sortir fâché de chez vous? Est-ce quo ça durait?
Ernestine, vous êtes folle!... N'aimez-vous pas M. de Yaudel?
ERNESTINE
Si fait vraiment!... beaucoup.
LA DUCHESSE
Eh bien! pourquoi vouloir l'affliger?
ERNESTINE
Mais, ma sœur, est-ce que vous détestez le général Jumilly? Je ne le crois pas.
LA DUCHESSE
De quoi vous mêlez-vous?
ERNESTINE
J'observe et je réfléchis : quand le général arrivait près de vous le sourire sur les lèvres, tout de suite vous deveniez grondeuse, exigeante, et vous fronciez le sourcil!... Puis, s'il était, à son tour, dans un accès de mauvaise humeur, vous paraissiez tout à coup gracieuse et gaie, et ça le jetait dans des transports de fureur...
LA DUCHESSE, souriant.
Bien divertissants, je l'avoue.
ERNESTINE
N'est-ce pas?... et il était plus amoureux que jamais!.. Eh bien! je veux essayer de ce moyen-là.
LA DUCHESSE
Que dites-vous, Ernestine?
Oui, ma sœur, je veux faire comme vous, désoler un peu M. Charles comme vous désolez M. de Jumilly.
L\ DUCHESSE
Et si M. Charles s'éloignait pour ne plus revenir?
ERNESTINE
Bon!... est-ce que le général ne revenait pas toujours?
LA DUCHESSE
Ernestine, je vous défends de songer à de sem-
blables folies! nos situations ne sont pas les mêmes, et il est des choses qu'une jeune personne ne doit pas chercher à comprendre; car elle s'exposerait h les interpréter fort mal ou ù, commettre de graves erreurs.
ERNESTINE
Écoutez donc, ma sœur! avec M. de Vaudel je suis toujours dans le calme plat; je voudrais un peu de tempête, ne fût-ce que pour varier.
LA DUCHESSE
Qu'il ne soit plus question de ces extravagances, je vous en prie : allez vous occuper de votre toilette, et ne vous amusez pas à jouer un jeu que vous ne pouvez pas connaître.
ERNESTINE, à piut, en sortant par la porte de droite.
Ma sœur a beau dire, j'essayerai de la tempête.