I. EGRIK L
(hie sait-on V
GIVRY
\iendra-t-il au moins un moment où tu me l;i laisseras voir?
L E G r. I E L , à part.
Quelle idée!... ça simplifierait joliment ninn affaiie. (Haut, en minaudant.) Écoute, si tu consens à m'acco:i]pagner, en sortant d'ici, à minuit, je |ioiirrai me décider peut-être.
MAnAiii; DE SA RTI NES, qui s'est approchée, en prêtant l'oreille.
Un rendoz-vous! ali!.,. et c'est chez moi!... (Elle s'avance vivement.) Monsieur de Givry, j'aurais lin mol à vous dire.
GIVRV.
A VOS ordres, madame! (Au domino.) Tu le vois, je suis obligé de te quitter.
LEGRIEL
Pourquoi donc? oli ! ne te gène pas... pour\u que je tienne la basque de ton habit, c'est tout ce qu'il me faut; cause tant c[ue tu voudras.
MADAME DE SARTI.NES, à part.
Kb bien, elle ne le quittera pas! (Haut à Givry. ^ Je vois que vous êtes occupé trop agréablement, jr n'insiste pas davantage. (Elle fait quelques pas.)
GIVJIY.
De grâce, madame, daignez in'cntcndie!... jo vous jure...
MADAME DE SARTINES, allant au foud.
.le vous détends de me suivre.
GIVRY
Mais je n'obéirai point. JI fait un mouvement violent, se dégage de Legriel, et va rejoindre inadanie de .Sartines dans le fond.)
LEGRIEL, sur le devant.
Eh bien! eh bien! c'est une véritable anguille que Ci: marquis-là... Ah! il invite madame... s'il danse, il n'y a pas d'inconvénient; et puis le rendez-vous que je lui ai donné... il n'a pas l'ait seniblant d'y prendre garde; mais c'est égal, c'est comme un lil que je lui aurais attaché à la patte; ces jeunes seigneurs se montent si l'acilemeiit la tête. Il reviendra près de moi.
\in de la Calacoua.
iMa tâche devient très-facile, Grâces à mon déguisement!
De mon suspect, doux et docile, Je vais me faire un tendre amant I
Sa conquête, par lui pressée, A ses transports résistera;
Il suppliera.
S'enflammera, A mes genoux se précipitera!...
Puis, quand la nuit sera passée, Sa conquête l'empoignera.
Respirons un peu... voilà les roses du métier. C'est charmant, un bal masqué... il aurait fallu rester dans la rue... je suis bien mieux ici... (Les danses commencent. Désignant Givry qui danse en ce moment avec madame de Sartines.). le n'ai jamais vu d'homme si actif; le voilà qui tricote comme un zépliir ! Qu'est-ce qui se douterait qu'il vient de me faiie parcourir presque tous les quartiers de Paris!... Je vais toujours m'asseoir provisoirement ; car j'en ai grand besoin. (Il s'assied dans un fauteuil.)
GIVRY, reconduisant madame de Sartines à qui il donne le bras, et s'arrêtant sur le devant de la scène.
Que je meure, à l'instant, madame, si la personne que cache ce domino m'est connue!
MADAME DE SARTINES, à part.
Quelle audace! (Haut.) Eh! monsieur, que m'importe ! Je trouve seulement du dernier ridicule que vous osiez me parier d'amour lorsque votre belle marquise (Elle désigne Legriel.) vous attend là, immobile, et refuse de danser, afin de ne pas vous perdre un seul moment de vue. GIVRY, à pari.
Quelle émotion !
SARTINES, les examinant.
Ah! si cela continue, que deviendra mon rapport pour Versailles?... Voilà ce Givry qui cause tranquillement, avec ma femme, comme un saint!
GIVRV.
Pensez-vous réellement, madame, que cette pauvre marquise ait quelque amitié pour moi ?
MADAME DE SARTINES, à paît.
I/liypocrite ! (Haut.) Ah ! vous avez besoin que je vous l'assure?... Vous n'avez encore obtenu aucune preuve... aucune faveur?...
GIVRY
Je suis prêt à vous en faire le serment.
MADAME DE SARTINES
Ainsi, tout à l'heure, elle ne vous a rien accordé, elle ne vous a pas offert...
Quoi donc, madame?
M ADAM E DE SARTINES
Lin rendez-vous. (Pendant toute cette scène on danse dans le fond, des masques passent et repassent.) CIV R Y, à part.
lih ! moi qui l'avais oublié!.. (Haut, feignant d'être embarrassé.) Et vous savez le» jour .'... l'heure ?
M \ 1) \Mi; DE SARTINES.
J'en sais plus que vous ne voudriez.
r.li bien! iiiadainn, il vous resti- un moyen de
LK DOMl \() KOSK.
mo confondre... accordoz-moi la nu'^inc f;r;\co, a la m(>ino heure,... au niOuKî nionicnl, et vous verrez...
MADAME DE SA UT 1. NE S
Qu'cntcnds-je?
Ah! pnis((iic vous Hcs si sûre do mon amour pour une autre, que risquez-vous? quand sonnera minuit, permettez que je vous voie, seule! que je me justilie !
MADAME DE S AUTl NES.
Vous justifier? et commeut le pourriez-vous? Non, monsieur, non!... je n'y consens point! (Elle s'écliiippe, Givry la suit vivemnnl. Pendant co dialogue, la tèie Je Legriel, emportée par le sommeil, tombe et se relève à plusieurs reprises.)
LEoniEL, /ouvrant les yeux avec effort.
C'est siny;ulier l'effet que me fait la musique. On dirait que ça me berce... puis tout ce monde... CCS jolies femmes... ça éblouit... je n'y vois plus... Eh bien ! eh bien ! où est donc mon homme?... Ah ! le voilà... toujours avec madame. (Il s'assoupit de nouveau.)
GIVRY, revenant transporté.
0 divine jalousie! que no te dois-je pas!... Ce rendez-vous que deux mois de soins et d'efforts n'avaient pu arracher... r.t moi qui maudissais co domino rose! c'est mon ange gardien, mon dieu tutélaire!...
SARTINES, lui frappant sur l'épaule.
Eh bien! mon gentilhomme, comme vous paraissez joj-cux... je vous félicite.
GIVRY, à part.
Le mari! il choisit bien son moment pour me féliciter.
SAIiTINES.
On dirait que vous tenez déjà vos cinq cents louis.
Mes cinq cents louis!
Ce mot vous donne à réfloihir, n'est-ce pas? Réiléchissez, rélléchissez, mon cher ami; vous ne m'échapperez pas, je saurai tout... (Il va dans le fond el fait ses adieuï aux gens qui commencent à sortir.)
GIV UY.
Ah! malheureux! qu'ai-je fait? ce rendez-vous qui me transportait de joie... je ne puis m'y rendre... surveillé, traqué par tous les limiers de la police... je la compromettrais, je la perdrais... et le lendemain le rapport au mari... Non, non, c'est impossible...
MADAME iiE SAUTINES, revenant rn scène.
Quel supplice que ce bal! Enfin, il va se terminer.,.*
GIVRY, s'approchant ercllc.
Ah! madame, un mot, je vous supplie... cetti faveur, si inespérée... si grande... que je payerai-de ma vie... aujourd'hui... un danger... un obstar! inattendu... insurmontable... oh I demain, demaii je vous eu conjure.
MADAME DE SARTINES
Ce soir ou jamais! (Elle se mêle encore à la foui'', salue Ions les gens qui se retirent et rentre chez elle, i GiVRY, à lui-même.
Impossible de lui expliquer... de lui faire coniprondre... Et c'est au moment où tous mes vœu\ sont comblés! Que faire, grand Dieu!...
Ani final du premier acte du Dand;/. CHOEtR.
De la retraite, voici l'heure.
Il faut partir, séparons-nou.s.
S \RT1NES
De la retraite, voici l'heure.
Il faut partir, séparons-nous.
GIVRY, à part.
Qui, moi, quitter cette demeure.
Juste au moment du rendez-vous!
SARTINES
Allons, voici les salons qui se vident!... Qui faites-vous donc là, pensif, mon cher Givry?ll <'^i temps de se retirer. (Reconduisant le marquis.) Adiin. mon cher ami, n'oubliez pas de revenir enteniliv demain le rapport de mes gens.
GIVRY
Je n'y manquerai pas. (A part.) Et je renonci rais!... (Il se retire, conduit par Sartines.)
i.EG RiEi, , se réveillant en sursaut.
Hein!... qu'est-ce qu"il y a?... Ah! mon Dieu, le voilà qui part! Est-ce qu'il va me faire courii encore?
s \nTiXES, à droite, à la cantonade.
Ah! monsieur de Givry, n'oubliez ])as li"cinq cents louis. (Il entre dans son cabinet.) LEGRIEL, au moment de sortir à droite pour suivie Givry, le voyant rentrer à gauche.
Kh bien! le voilà qui revient par ici! où va-t-il donc?
GIVRY, entrant doucement à gauche, après être son p;ir la droite, et se glissant chez madame de Sartinr . A la garde de Dieu! Tout, plutôt que de perdre son amour !
LEGRIEL, voyant Givry entrer. Chez la femme du lieutenant général! {l\ rcsip stupéfait.)